Difficile de déterminer le type de substance qu’a ingérée la présidente du Front national, mais tout porte à croire qu’elle est efficace. A défaut de porter notre dévolu sur la cocaïne, récréatif trop bourgeois pour celle qui est proche du peuple, nous pencherons pour le Captagon – une délicieuse décharge de dopamine et de noradrénaline – à en croire l’hallucinante réponse qu’a donnée Marine Le Pen jeudi à l’Agence France-Presse. Pour mieux saisir la profondeur argumentative de l’intéressée, de quoi faire passer l’avocat Marc Bonnant pour un médiocre stagiaire pubescent de première année, il convient d’effectuer quelques pas en arrière.

Mercredi, l’euro-députée s’offusque des propos tenus le matin même par Jean-Jacques Bourdin. Le journaliste de RMC – un peu bredouillant nous le concéderons – interroge l’un des spécialistes du monde arabe Gilles Kepel sur les «liens» qui relieraient Daech au Front national. «Enfin, pas les liens directs», corrige le journaliste, la question portant visiblement sur le «repli identitaire» que véhiculeraient les deux organisations. Quelques heures plus tard, Marine Le Pen blessée par l’odieuse comparaison réplique à l’intervieweur: «Le parallèle fait ce matin par @JJBourdin_RMC entre #Daech et le #FN est un dérapage inacceptable. Il doit retirer ses propos immondes».

Le message est suivi de trois autres tweets intitulés: «Daesh, c’est CA!». Les trois missives numériques sont accompagnées d’autant de photographies. La première montre le corps décapité du journaliste américain James Foley, la deuxième expose l’exécution du pilote jordanien brûlé vif en début d’année, la dernière révèle la mort d’un prisonnier de l’EI sous les chenilles d’un tank. Voilà pour les faits, revenons sur le délicieux plaidoyer de l’euro-députée. «Je ne savais pas que c’était une photo de James Foley. Elle est accessible par tous sur Google. J’apprends ce matin que sa famille me demande de la retirer. Bien évidemment, je l’ai aussitôt retirée», explique Marine Le Pen à l’AFP.

Cette réponse est triplement consternante. D’abord, parce que l’élue d’Hénin-Beaumont invoque l’accessibilité du cliché sur Google pour justifier sa publication. On se réjouit d’entendre le même argument dans la bouche des zoophiles hongrois. Ensuite parce qu’elle laisse supposer que si l’individu décapité n’était pas lugubrement connu, la présidente du Front national n’aurait pas supprimé la publication de ce tweet. Une interprétation à privilégier en constatant que l’émettrice n’a toujours pas fait disparaître les deux autres exécutions. Enfin, que Marine Le Pen ait dû être interpellée par la famille de James Foley pour finalement retirer le cliché démontre la pauvreté cognitive de l’intéressée. C’est dommage. Cette capacité demeure assez utile lorsque l’on veut présider un pays.

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