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«A quoi sert-il de gagner autant d’argent, si c’est pour s’afficher dans un costume aussi ordinaire. Cravate bleue fadasse sur costume bleu fadasse, col béant…»
© Andrew Harnik

Du bout du lac

Mark Zuckerberg, le goudron et les plumes

OPINION. En regardant, sur Facebook, le PDG de Facebook se faire tirer les oreilles devant le Congrès américain, notre chroniqueur a été à la fois désespéré et gêné

Comme vous, j’ai regardé Mark Zuckerberg se faire tirer les oreilles en mondiovision par les sénateurs américains, mardi soir. En plus, comme vous et comme tout le monde, je l’ai regardé sur Facebook (ce qui, soit dit en passant, est un coup de maître de la part du christique fondateur de la bête bleue: il est, de mémoire d’homme qui n’exclut pas d’avoir perdu la mémoire, le premier milliardaire à s’enrichir grâce au savon qu’il était en train de prendre, et pendant qu’il le prenait, par le savoureux truchement de la publicité digitale. Je «like»).

Un spectacle hypnotique

Comme à vous, ce spectacle hypnotique m’a inspiré quantité de réflexions, plus essentielles les unes que les autres, vous vous en doutez. La première tient du désespoir. A quoi sert-il de gagner autant d’argent, si c’est pour s’afficher dans un costume aussi ordinaire. Cravate bleue fadasse sur costume bleu fadasse, col béant… Franchement. Je veux bien que la côte Ouest ne soit pas exactement la capitale du bon goût, mais tout de même. Un petit effort. Ne serait-ce que pour tous ceux qui se donnent un peu de peine sur leur photo de profil.

Un certain illettrisme numérique

La deuxième tient de la gêne. Lancinante, devant l’étendue de l’illettrisme numérique des interrogateurs. Douloureuse, devant leur fierté de groupies et leur bonheur de pouvoir enfin démontrer à leurs (arrière)-petits-enfants qu’ils ne sont pas si barbants qu’au dîner de Thanksgiving. Morceau choisi numéro 1, cette question du sénateur Orrin Hatch: «Comment pouvez-vous tourner avec un modèle d’affaires dans lequel vos utilisateurs ne paient pas vos services?» Réponse polie du prévenu: «Sénateur, on vend de la publicité…» Morceau choisi numéro 2, ce trait d’humour du sénateur Chuck Grassley: «M. Zuckerberg, pouvez-vous restaurer Snapchat? Ma petite-fille n’arrête pas de se plaindre. Et d’ailleurs, c’est quoi Snapchat?» J’avoue, j’ai ri. Mais honnêtement, Chuck, quelle partie de «commission sénatoriale» n’avez-vous pas compris?

Le fossé atlantique

Ce qui restera pourtant de cette soirée magique, c’est la confirmation qu’avant d’être un océan, l’Atlantique est une distance infinie entre deux mondes. D’un côté, les Européens, si doués pour établir des règles et si timides quand il s’agit de punir ceux qui les violent. Hier pour le banditisme bancaire, aujourd’hui pour l’escroquerie numérique. De l’autre, l’Amérique éternelle. Celle des grandes plaines où tout est à peu près permis, mais où le goudron et les plumes attendent celui qui a le malheur de se faire attraper la main dans le pot de confiture.


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