L’affaire a été révélée cette semaine par le site américain Gizmodo. Facebook choisirait de manière partiale les articles qui apparaissent dans sa section «trending topics», les sujets les plus chauds du moment. Les papiers qui exposeraient les vues des conservateurs américains seraient mis de côté au bénéfice de sujets plus proches d’une ligne plus progressiste et ouverte sur le monde.

Les Républicains étaient déjà aux aguets depuis que Mark Zuckerbeg a déclaré qu’il fallait construire des ponts entre les communautés plutôt que d’élever des murs. Ce qui a été perçu comme une référence directe aux prises de position de Donald Trump à propos de la séparation concrète qu’il souhaite imposer au Mexique.

Alors, le fondateur du plus grand réseau social au monde a-t-il décidé de peser sur le résultat des élections présidentielles? Avec 1 milliard de personnes actives sur Facebook (ce dernier ne veut plus que l’on dise «utilisateurs») et pas mal d’entre elles américaines, l’effet de levier pour les anti-Trump pourrait être décisif.

Si Mark Zuckerberg s’en défend, Facebook a pourtant bel et bien un problème. En 2014, le réseau avait été critiqué pour faire apparaître dans ces trending topics les vidéos de personnalités qui se mettaient en scène dans le cadre de l’Ice bucket challenge plutôt que les informations relatives aux émeutes raciales de Ferguson. Pour corriger ce biais, la firme avait compensé la faiblesse de ses algorithmes par l’embauche d’éditeurs bien humains afin de ne plus passer à côté de phénomènes mal compris par les équations mathématiques.

En agissant ainsi, et malgré les dénégations de son fondateur, Facebook devenait un banal media. En effet, un media n’est jamais complètement neutre, tout simplement parce qu’une de ses caractéristiques est de faire des choix éditoriaux, de mettre en avant un sujet plutôt qu’un autre. Quand on connaît la puissance de Facebook, on se rend compte de sa capacité à faire l’agenda et créer l’air du temps comme aucun autre journal, audio ou chaîne de TV n’a pu le faire par le passé. C’est le plus grand média de masse de l’histoire.

Une enquête du Guardian qui a publié le code de conduite interne des éditeurs chez Facebook n’a fait que renforcer cette impression. Ce guide ressemble en effet à celui des bonnes vieilles agences de presse. Désormais, la question n’est plus de savoir si Facebook privilégie un parti ou l’autre dans la course à la présidentielle. Mais quand Mark Zuckerberg comprendra qu’il doit donner une ligne éditoriale claire à Facebook. Parce qu’il a autant d’influence sur notre amour irrépressible pour les petits chats que pour le choix de nos élus.

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