L'art est long, la vie est courte? Voyez les talibans. Comme la destruction des bouddhas géants de Bamiyan prend du retard, le chef suprême de la milice s'est énervé. En guise d'expiation, il a ordonné le sacrifice d'une centaine de vaches. Personne ne sait s'il s'agit d'un retard pris depuis l'instauration de l'islam dans le pays, depuis l'arrivée des talibans au pouvoir ou depuis le début de la démolition des statues.

Peu importe. Il faut aller vite en besogne. Le fait que CNN, la reine des scoops instantanés, détienne pour l'heure les seules images des destructions en dit long, ou plutôt court sur cet emballement généralisé. L'obscénité de la rage iconoclaste vient aussi de là, de ce différentiel vertigineux entre la durée des œuvres et celle de leur disparition. Ici, plus d'un millénaire et demi d'un côté, quelques jours de l'autre. Boum! L'histoire est dite, la mémoire effacée, le vide créé dans les esprits comme sur les flancs des montagnes. Il en a toujours été ainsi: les brutes vont toujours au plus court. La tolérance demande du temps, l'intolérance non.

A propos, écoutons les talibans. Jeudi dernier, les mollahs ont réagi au déferlement de critiques suscitées par leur volonté de casser de l'idole. Le porte-parole des talibans, Abdul Hai Mutmain, a déclaré: «Nous ne détruisons pas ces statues en réaction contre les bouddhistes. Nous n'avons pas un seul bouddhiste qui adore ces statues en Afghanistan. Il n'est donc pas juste que les gens soient offensés dans le monde entier. Ces statues sont comme des rocs qui feraient partie intégrante de notre territoire. Il s'agit donc d'une affaire interne. L'islam est une religion progressiste. Et c'est précisément pour la cause du progrès que les idoles sont détruites.»

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