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Roger Federer et Stan Wawrinka.
© TRACEY NEARMY

Du bout du lac

Le marteau et l’archet

Stan Wawrinka a tout pour être l’idole d’un peuple auquel il ressemble tant. Et pourtant…

Une fois de plus, le temps s’est arrêté jeudi matin dans toute la Suisse, du Finistère genevois au fin fond du val Müstair. Je n’y peux rien, vous n’y pouvez rien, nous aurions volontiers fait autre chose, parlé de fonds routier, de réforme fiscale ou de presse en détresse. Mais non. Impossible. Tout là-bas, à 16 000 kilomètres de nos tracas, deux hommes ont pris le pays en otage, pendant trois heures et cinq minutes. Roger Federer et Stan Wawrinka. Encore eux. Et dans cet ordre évidemment, malheureusement pour l’éternel second.

Or, que s’est-il passé pendant ces trois heures de temps suspendu, du Finistère genevois au fin fond du val Müstair? Nous avons retenu notre souffle dans une sorte d’incantation silencieuse, collective et intérieure, nourrie par un espoir commun: une nouvelle victoire du Maître pour une place en finale de l’Open d’Australie. Oui, c’est ingrat. Mais je n’y peux rien, vous n’y pouvez rien: à l’exception de quelques Vaudois et d’une poignée de contradicteurs pathologiques, c’est bien le Bâlois qui fait chavirer nos petits cœurs d’Helvètes.

A y regarder de plus près, le phénomène est parfaitement illogique. Rocailleux, travailleur, méritant, persévérant, bourru et certainement un peu bourrin, Stan Wawrinka a tout pour être l’idole d’un peuple auquel il ressemble tant. Mieux: le Vaudois est la Suisse. Ce pays qui ne saurait se penser autrement que du bas vers le haut, qui déteste ce qui dépasse, qui a fait de la modestie une vertu cardinale, voire un trouble obsessionnel.

Et pourtant. Du Finistère genevois au fin fond du val Müstair, rien n’y fait. Roger Federer reste le fils préféré. Le palmarès n’y est pour rien, pas plus que le nombre de victoires. C’est autre chose. De l’ordre du miracle, de l’aurore boréale, de l’Epiphanie. C’est le travail qui s’efface devant le génie, le mérite devant la grâce, le bras devant la main. Match après match, récital après récital, le Nijinski de la petite balle jaune fait perdre ses moyens à huit millions d’ensorcelés.

Si injuste soit-elle pour Stan Wawrinka, immense champion devant l’éternel, la morale de cette drôle d’histoire est universellement rassurante: la finesse de l’archet l’emportera toujours sur l’efficacité du marteau. Même au pays de la guggenmusik et des meubles Pfister.

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