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Ainsi, au lieu d’écrire «Les cochons et les vaches rendus méchants par leurs maîtres», il faudrait écrire «Les cochons et les vaches rendues méchantes par leurs maîtres», ce qui change intégralement le sens de la phrase!
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Chronique

Le masculin l’emporte sur le féminin

L’écriture inclusive était déjà au centre du débat, et voilà que la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin est également mise en question. Point de la situation avec notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton

Il paraît que nos écolier.e.s, ou une bonne partie d’entre eux.elles, sont illettré.e.s. Ils.elles sont capables de déchiffrer un texte, au sens du b.a.-ba, mais ils.elles ne comprennent pas ce qu’ils.elles lisent. C’est justement ce niveau de compréhension de l’écrit que cherche à quantifier, pays par pays, l’étude PISA qui, en 2012, montrait qu’à l’âge de 15 ans, un.e étudiant.e suisse sur sept avait des difficultés à restituer le sens d’un texte écrit. Si, réellement, selon le court exemple ci-dessus, l’écriture inclusive était adoptée, on imagine combien leur difficulté s’accroîtrait et combien, de façon générale, la lecture perdrait l’attrait qu’elle a encore aujourd’hui dans la population. Sans parler des messages Twitter ou SMS toujours plus lapidaires, ni des médias, que je mets au défi de garder un seul lecteur s’ils adoptaient cette pratique. Pourtant, contre le plus élémentaire bon sens, la proposition fait couler beaucoup d’encre en France et il semble que des manuels scolaires l’aient déjà adoptée sur la recommandation éclairée du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Par l’exemple du cochon et de la vache

Comme si cela ne suffisait pas, il est question maintenant de l’accord des adjectifs et de la norme qui veut que le masculin l’emporte sur le féminin. Evidemment, exprimé ainsi, cela frise la condamnation pénale! Pourtant, il ne s’agit ici que de genres grammaticaux et non de personnes, le masculin étant un neutre dans ces situations indistinctes, ce que nos réformistes ont de la peine à comprendre. Selon eux.elles, il faudrait rompre avec la règle datant du XIXe siècle voulant que, en présence de substantifs des deux genres, l’adjectif s’accorde au masculin. Il s’agirait de la remplacer par l’accord avec le nom le plus proche (accord de proximité, assez plaisant à l’oreille) ou avec les noms du même genre les plus nombreux (accord de majorité). Certains, plus libertaires, favoriseraient même l’accord au choix du scripteur. Voilà qui encouragera la tendance actuelle à une orthographe créative qui tient plus au hasard de la phonétique qu’à la grammaire française, même dans des milieux éduqués et instruits.

Bientôt, il faudra réformer l’accord des mots neutres comme «on», très souvent employé à la place de nous. Pourquoi appelle-t-il le masculin et non pas le féminin?

Ainsi, au lieu d’écrire «Les cochons et les vaches rendus méchants par leurs maîtres», il faudrait écrire «Les cochons et les vaches rendues méchantes par leurs maîtres», ce qui change intégralement le sens de la phrase! Avant que l’on s’y soit habitué, combien de contresens? Heureusement que les linguistes sont capables d’affirmer que le genre des mots est aléatoire dans toutes les langues (en français, les noms des arbres sont masculins, alors qu’ils sont féminins en allemand, par exemple, de même que le genre du soleil et de la lune s’inversent), sauf quelques évidences comme papa et maman (pour combien de temps?), sinon nous nous verrions contraints de le changer séance tenante. Pourquoi en effet beauté, intelligence, grâce, force et clairvoyance seraient des noms féminins seulement… ce dont les hommes pourraient prendre ombrage!

Qu’en dit le latin?

Bientôt, il faudra réformer l’accord des mots neutres comme «on», très souvent employé à la place de nous. Pourquoi appelle-t-il le masculin et non pas le féminin? Ne devrait-on pas dire «on est méchante par nature» plutôt que «on est méchant par nature»? Cet exemple montre combien la graphie masculine préserve les femmes qui, dans les phrases à sens négatif restent au-dessus de tout soupçon et, dans les phrases élogieuses, sont grammaticalement incluses dans le compliment. En somme, venant du latin, qui connaissait trois genres, masculin, féminin et neutre, le français n’en a gardé que deux, incluant le neutre dans le masculin, qui devient ainsi générique, ce qui a laissé au féminin toute sa singularité. Vu sous cet angle, il n’est pas sûr que les femmes sortent gagnantes de la grande révolution orthographique qui se met en place.


Les précédentes chroniques de Marie-Hélène Miauton: 

 

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