Vous avez remarqué comme le masque a changé de grimace? Il y a encore peu de temps, ceux qui en portaient dans l’espace public, comme on appelle désormais le moindre magasin de surgelés ou une venelle donnant sur une impasse, avaient la mine déconfite et hypocondriaque. Ils regardaient leurs pieds. Ils avaient vaguement honte d’avoir tellement peur. Le masque faisait petit bras du «corona», enrhumé à deux balles: va donc, hé, malade de carnaval!

D’inutiles à indispensables

Mais voilà. Depuis que la Chine livre de nouveau les carrés de papier-filtre bleuis que les édiles d’Europe et du monde avaient oublié de commander à prix cassés avant la crise, le masque fait de plus en plus le malin. Il attend son heure, tapi derrière ses élastiques et les brillantes décisions politiques. Puisqu’on en a enfin reçu, au prix fort ce coup-ci, on va vous obliger à les porter. Ils ne servaient à rien, disait le ministre. Ils sont indispensables, nous dira-t-il bientôt. Ce sera d’ailleurs une condition du début progressif de déconfinement.

Des burqas blanches, étanches et médicales

En attendant, les porteurs de masques en avance ne baissent plus les yeux. Au contraire, ils vous toisent. La plus agaçante, c’est Magdanela Martullo-Blocher et son look masqué d’anesthésiste de toute forme de pensée intelligente. Et voilà que je viens au parlement et dans les journaux avec mon gros carré blanc. Des masques pour tous, voilà le programme. Ça m’agace d’autant plus que son parti avait lancé l’initiative anti-islam masquée – si l’on peut dire – en interdiction de se dissimuler le visage:

L’UDC le répétait à tout vent: ce n’est pas le niqab qui est visé, mais toute tentative de se masquer la figure. Dès lors, je me réjouis de voir Magdalena Martullo-Blocher et ses acolytes bientôt transpirer sous de belles burqas blanches, étanches, médicales, made in China et paranoïaques, façon fantômes. Parce que je trouve très formateur que nos enfants aient plus peur de cela que d’un virus.


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La revanche des introvertis

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