Alors que la Suisse commence le déconfinement, le Conseil fédéral recommande (enfin) le port du masque en dehors des milieux de soins. Toutefois, des éléments pertinents militent pour aller au-delà d’une simple recommandation, et d’imposer le port obligatoire dans certaines situations, pour préserver l’évolution épidémiologique favorable obtenue jusqu’ici.

Sur le plan de la transmission du Covid-19, les données épidémiologiques montrent qu’une proportion substantielle de personnes infectées présente peu ou pas de symptômes et peuvent donc se trouver dans l’espace public et être source d’infection. Avec le déconfinement, il y aura des situations où la distance physique sera difficile à respecter (transports, commerces, marchés, certaines entreprises, etc.). Or, des études concordantes montrent que le port de masques contribue à réduire le risque de transmettre ou de contracter une infection respiratoire lors de contacts rapprochés, même si la protection conférée est imparfaite et grevée d’aléas.

Décontaminer son masque

Contrairement aux affirmations des autorités, il n’y a aucune preuve suggérant que le port de masques diminuerait le respect de la distance physique, même si quelques individus pourraient ne pas s’y conformer. Les observations effectuées dans divers domaines de prévention montrent que l’introduction de mesures préventives, même imposées, n’entraîne pas d’augmentation des comportements à risque.

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Dès lors, la contribution du masque à la prévention serait d’autant meilleure qu’il était porté par tous lorsque la distance physique ne peut pas être suffisamment respectée. De plus, des modélisations épidémiologiques récentes indiquent que cela pourrait permettre de réduire la période de confinement et prévenir le risque d’une deuxième vague, ou tout au moins l’atténuer.

Contrairement aux affirmations des autorités, il n’y a aucune preuve suggérant que le port de masques diminuerait le respect de la distance physique

Les autorités ont évoqué le fait que les masques risqueraient d’être mal utilisés: c’est vrai, mais c’est aussi sous-estimer la capacité du public à apprendre les bons gestes lorsqu’il souhaite se protéger et protéger autrui. Le site de l’Office fédéral de la santé publique a mis en ligne une vidéo dont le contenu est peut-être pertinent pour les lieux de soins mais qui devrait être adapté à un usage dans d’autres conditions.

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Au vu de la pénurie de masques et de leur coût pour certains, il faut donner des indications claires et précises sur les différents types de masques, sur la manière de les choisir et de les utiliser, voire de les réutiliser et de les décontaminer: on ne peut pas simplement se référer aux indications du fabricant qui préconise un usage unique, alors que pour un usage public (qui se limite souvent à quelques dizaines de minutes par jour), il existe des moyens établis de décontaminer un masque sans en altérer ses propriétés. Tant que durera une certaine pénurie, des entorses doivent être consenties par rapport à un matériel ou à un usage idéals.

Directives plus exigeantes

Avec la reprise progressive des activités, respecter une distance physique minimale de 2 mètres sera certainement plus difficile à tenir et les risques de transmission vont augmenter. Pour les personnes de plus de 65 ans, l’enjeu peut être vital, et rester indéfiniment confiné n’est pas une solution et peut provoquer d’autres effets négatifs, notamment sur le plan psychique. De plus, certaines personnes, même relativement jeunes, devront être prises en charge aux soins intensifs, et on découvre chaque jour de nouvelles complications (cardiaque, vasculaire, neurologique, etc.) potentiellement graves liées à ce virus; et on ne sait encore rien de leurs conséquences. Ceci sans compter les effets éventuels sur les femmes enceintes et leur fœtus, ou chez les enfants, comme observé tout récemment.

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Il est dès lors difficile de comprendre que les autorités ne donnent pas des directives plus exigeantes et précises, surtout quand l’immunité de groupe est loin d’être atteinte et l’arrivée d’un vaccin très incertaine. Le port obligatoire dans certaines situations éviterait que les personnes qui doivent ou souhaitent être protégées de manière optimale dépendent du bon vouloir des autres.