Le Journal de Genève et Gazette de Lausanne (JdG/GdL), répercutant les sidérantes révélations de la presse américaine dans son édition du 30 octobre 1995, parle de 6000 morts. En réalité, ce sont 8372 hommes et adolescents bosniaques (bosniens musulmans, qui formaient un groupe national dans la Yougoslavie du maréchal Tito), qui ont été massacrés entre les 11 et 13 juillet de la même année dans la région de Srebrenica durant la guerre de Bosnie-Herzégovine.

Mais comment cela s’est-il passé? Via les agences de presse, le JdG/GdL raconte que «les hommes musulmans de la ville ont été jetés par milliers dans des camions et «amenés sur les lieux du massacre». […] Selon la presse américaine, [ces] massacres sont partiellement imputables à un manque de coordination entre Occidentaux. Des photos de reconnaissance prises par des avions américains le 13 juillet, deux jours après la chute de la ville, montre des centaines de musulmans gardés sur un terrain sous la menace des armes serbes.

Requête rejetée

»Mais ce n’est que le 4 août que ces documents ont été montrés au président Bill Clinton, écrit le New York Times. Le commandant néerlandais des 300 Casques bleus chargés de protéger Srbrenica a réclamé des frappes aériennes de l’OTAN pour arrêter les Serbes. Mais les responsables de la FORPRONU [la Force de protection des Nations unies, créée initialement en tant qu’opération provisoire visant à créer les conditions de paix et de sécurité nécessaires à la négociation d’un règlement d’ensemble de la crise yougoslave] ont rejeté cette requête et les Américains étaient à l’époque «largement en marge», poursuit le journal. Il ajoute qu’il est impossible de connaître le nombre exact d’hommes massacrés autour de Srebrenica mais que «les Américains et les experts des services de renseignements estiment que ce nombre se situe entre 5000 et 8000».»

Il a fallu plus de trois mois pour que le monde découvre le forfait de l’Armée de la République serbe de Bosnie (VRS) sous le commandement du général Ratko Mladić. Et voilà que vingt ans après, le Royaume-Uni propose à ses partenaires du Conseil de sécurité de l’ONU de voter ce mardi sur une résolution qui vise à marquer l’anniversaire. Mais la Russie risque bien d’opposer son veto à ce projet de texte qui «condamne le plus fermement possible le génocide commis à Srebrenica» en 1995 et affirme que la reconnaissance de ce dernier est «une condition préalable à la réconciliation» en Bosnie.

Commémoration ce samedi

Le président de la Republika Srpska (RS), l’entité serbe de Bosnie, Milorad Dodik, a de son côté affirmé samedi que le génocide était un «mensonge». Et Moscou juge que le texte insiste trop lourdement sur les méfaits commis par les Serbes de Bosnie. Mais ce 11 juillet, les cérémonies de commémoration auront bel et bien lieu, dit l’Agence télégraphique suisse. A cette occasion, 136 victimes identifiées seront enterrées au mémorial de Srebrenica.

A cette occasion, l’Etablissement de radio et télévision de Turquie (TRT) rappelle que «pendant les obsèques et les cérémonies commémoratives au Cimetière monumental de Potocari près de Srebrenica, les pères, les enfants et les petits-enfants de deux familles vont être inhumés ensemble. La victime la plus âgée s’appelle Yusuf Smaylovic, tué à 75 ans. Cette année, on compte 8 victimes de moins de 16 ans au moment de leur mort. Les travaux continuent dans le centre où les victimes du génocide sont identifiées. Environ 6000 victimes ont été identifiées jusqu’à présent. Il y a toujours 550 victimes non identifiées.»

Le miroir de la division

Radio France internationale rappelle enfin que ce fut «le pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le nom de Srebrenica reste attaché à cette tragédie qui symbolise la faillite des Nations unies, incapables de protéger ce territoire pourtant déclaré «zone de sécurité» deux ans plus tôt. Aujourd’hui, Srebrenica est le miroir d’une Bosnie-Herzégovine divisée, un révélateur des errements internationaux dans ce pays à la souveraineté toujours limitée. Et pourtant, après l’horreur, Bosniaques et Serbes réapprennent à vivre ensemble à Srebrenica.»

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