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Le Conseil fédéral aurait pu se ranger derrière l’initiative «Entreprises responsables» et en faire un argument sur la scène internationale. Il a cependant manqué d’ambitions.
© GAETAN BALLY / Keystone

Editorial

Matières premières, le manque d’ambition du Conseil fédéral

Le négoce des matières premières depuis la Suisse comporte des risques que le Conseil fédéral néglige, estime notre éditorialiste

Les statistiques donnent le tournis. Le négoce des matières premières a explosé en Suisse ces dix dernières années. Ce secteur génère désormais 3,6% du produit intérieur brut, emploie 10 000 personnes au sein de 570 sociétés. Pas étonnant dès lors qu’il s’invite dans l’agenda politique.

Replongez dans notre dossier: Comment la Suisse est devenue un géant des matières premières

Le Conseil fédéral a pris position vendredi sur l’initiative populaire «Entreprises responsables». Porté par 80 ONG et un large panel de personnalités, ce texte veut contraindre légalement les entreprises à assumer leur responsabilité sociale et environnementale ici comme à l’étranger. En toile de fond, une cible: le négoce des matières premières justement, dont le boom des affaires s’est malheureusement accompagné d’une multiplication de scandales. Travail d’enfants dans des mines, corruption en lien avec le marché du pétrole, expropriation de terres, etc.: ces affaires marquent aussi durablement tant la réputation des sociétés impliquées que celle du pays qui les accueille.

Lire aussi: «Entreprises responsables»: Berne mise sur les mesures volontaires

A ce stade, le Conseil fédéral avait le choix entre deux attitudes. Se ranger derrière l’initiative et en faire un argument sur la scène internationale, en plaçant la Suisse dans le rôle d’un Etat précurseur. Protéger aussi les entreprises qui jouent le jeu éthique. Ou alors ne pas légiférer dans un univers ultra-concurrentiel et éviter ainsi que ces entreprises, très mobiles, aillent s’établir sous d’autres cieux aux lois plus clémentes. Le Conseil fédéral a choisi la seconde option. Il aurait pu opter pour la voix médiane, celle d’un contre-projet, la preuve qu’il ne se contente pas de partager le souci des initiants mais a l’intention d’agir.

Si la mort forcée du secret bancaire aurait dû lui apprendre quelque chose, c’est bien la nécessité d’intervenir en amont dans les secteurs économiques qui présentent un risque particulier. Le négoce des matières premières en est assurément un. Et la pression internationale est déjà là. L’ONU, l’OCDE et le Conseil de l’Europe invitent les Etats à légiférer dans le domaine de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Un contre-projet aurait permis d’ouvrir le débat, tout en ménageant les intérêts économiques du pays.

Le Conseil fédéral a manqué d’ambitions. Le grand écart qui consiste à vanter les mérites de la Genève internationale à longueur d’année tout en fermant les yeux sur les pratiques économiques moins heureuses qu’elle abrite est peut-être la preuve d’une formidable souplesse, mais n’en est pas moins périlleux.

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