Les fantômes de l'écran

«Matrix» de Larry et Andy Wachowski, la beauté du glam-geek

Un film de 1999, qui peut se lire comme un processus de transformation permanente, une œuvre de l’entre-deux-mondes aux identités fluctuantes. Tous les lundis et mercredis de l'été, notre chroniqueuse revient sur certains films culte, ou qui ont marqué une génération, et se demande comment ils ont vieilli

A sa sortie en 1999, la critique, surtout française, jugea Matrix technologiquement bluffant mais intellectuellement vain. Elle le compara alors à un jeu vidéo. A l’époque, c’est-à-dire au millénaire précédent, l’argument était rédhibitoire. 

Pour les digital natives en revanche, le premier épisode de la trilogie est rapidement devenu culte tant il puise dans la culture populaire d’aujourd’hui et la magnifie, des comics aux films de kung-fu, de la SF aux animations web, des mangas aux jeux vidéo, précisément. Il est aussi un formidable casse-tête et son message continue de susciter de nombreuses exégèses sur le Net. Il faut dire que le scénario est complexe. Nous sommes en 2199, et les machines règnent sur les humains qui, pauvres aveugles, croient encore vivre dans la réalité de 1999 alors qu’ils sont manipulés dans un monde virtuel. Un groupe de résistants a pourtant réussi à échapper à ce simulacre et leur chef, Morpheus, est persuadé que Neo, un jeune informaticien, est l’Elu qui délivrera les hommes de leurs illusions.

Comme souvent dans les œuvres d’anticipation, surtout post-apocalyptiques, l’esprit de sérieux domine et on croule sous les références. Ici, les citations sont si nombreuses (Lewis Carroll, christianisme, mythologie grecque, Platon, Descartes, Jean Baudrillard, Hitchcock, Mary Shelley, etc.) qu’on frise l’auto-intoxication. Ou l’ironie suprême. A l’image des deux réalisateurs, les frères Larry et Andy Wachowski, devenus entre-temps les sœurs Lana et Lilly Wachowski. Matrix peut d’ailleurs se lire comme un processus de transformation permanente, une œuvre de l’entre-deux-mondes aux identités fluctuantes.

Dix-sept ans plus tard, que penser de ce film qui fut au comble de la modernité? En dépit de ses gros téléphones à touches et du look zurichois de ses personnages, Matrix a très bien vieilli. Cela tient à son élégance. Celle de ses effets spéciaux – notamment l’usage raffiné du bullet time – de ses décors, de ses chorégraphies et de ses comédiens. Laurence Fishburne est puissant comme un totem de l’île de Pâques, Carrie-Anne Moss incarne à jamais le fantasme de la femme-cyber (sa course inaugurale est une splendeur) et Keanu Reeves en messie dandy – on a échappé de peu à Jean Reno! – donne définitivement du glamour au monde geek.


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