Blockbuster sino-américaine, «La Grande Muraille» intronise Matt Damon dans le rôle d’un guerrier qui défend la Chine médiévale contre une invasion de créatures fantastiques. Alors que l’avant-première a eu lieu mardi à Pékin, ce choix déchire la twittosphère pour la seconde fois cette année. En toile de fond: des accusations de «withewashing», cette pratique qui consiste à placer systématiquement des Occidentaux dans des rôles qui ne leur sont pas destinés. L’une des «plus vieilles traditions pratiquées par Hollywood» selon BuzzFeed. Faux, se défend l’acteur rappelant, que le rôle a toujours été pensé pour un étranger, en l’occurrence un mercenaire britannique. L’affaire relance le débat sur la diversité au cinéma.

«Une fois que les gens verront qu’il s’agit d’un film de monstres, fantastique et historique dans lequel je n’ai volé aucun rôle à un Chinois, ils verront que ma présence ne change pas grand-chose au propos», clame la star à l’agence Associated Press. Produite par Legendary Entertainment – un studio américain dont le groupe chinois Wanda possède la majorité des parts – l’épopée à 150 millions de dollars sortira le 16 décembre en Chine et le 11 janvier en Europe.

«Enfin, la Chine a un gros film rien qu’à elle», se réjouissait un internaute l’été dernier. Au même moment, l’actrice d’origine taïwanaise Constance Wu lançait la polémique par un tweet assassin: «Il faut arrêter de perpétuer le mythe raciste selon lequel seul un homme blanc peut sauver le monde.» Des reproches balayés par le réalisateur renommé Zhang Yimou qui s’était targué d’avoir réuni 1300 personnes de 37 pays différents.

Aux yeux des mécontents, l’ultime combat qu’une faction armée livre au nom de l’humanité sur les remparts de la célèbre muraille ne doit pas être mené par un étranger. Et les Américains d’origine asiatique sont en première ligne. «Une meilleure prise aurait été Matt Damon en père ringard qui emmène sa famille voir la Muraille de Chine sous des attaques de dragons», ricane l’écrivaine et blogueuse Teresa Lo. «Je suis sur le point d’avoir une enfant asiatique et je réalise qu’elle n’aura aucun héros qui lui ressemble excepté Mulan (héroïne chinoise d’un dessin animé Disney)…» déplore encore @Get2KnowSaintJo.

Pour d’autres, Matt Damon est victime d’un faux procès. «Une production chinoise n’a-t-elle pas le droit d’injecter de la diversité dans son casting ou vous n’aimez que la diversité sans les Blancs?», rétorque @BeebsMagoo. Selon @justicelolin, le vrai coupable reste la course au box-office international: «Le directeur a sélectionné Matt Damon pour bénéficier de sa notoriété. Pourtant, l’acteur est la cible de toutes les critiques, le directeur de casting, lui, est sûrement trop asiatique.»

«Mettons les choses au clair, argumente @NerdyAsians, le cas de Matt Damon n’est pas du whitewashing mais plutôt un effacement du contenu asiatique. Cette suppression est motivée financièrement, mais si les acteurs asiatiques ne bénéficient jamais de bonnes occasions, comment peuvent-ils devenir attractifs?»

On l’a compris, le vrai problème ne réside pas dans l’attribution du rôle, mais dans sa conception. Dans l’industrie du cinéma, les héros sont encore trop peu façonnés à l’image du continent africain ou asiatique. Dans le cas de la Chine et de son 1,3 milliard d’habitants difficile, pourtant, de parler d’infériorité numérique. Sur les écrans en revanche, elle reste minoritaire. Avec un marché en pleine expansion et des investissements croissants dans les studios hollywoodiens, cela pourrait bientôt changer.

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