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Ce dimanche à Rome, le président du Conseil, Matteo Renzi, quitte le siège du gouvernement, le Palazzo Chigi, en compagnie de son épouse, après avoir pris acte de sa défaite et annoncé qu'il démissionnerait.
© Camilla Morandi/Corbis/Getty Images

Revue de presse

Matteo Renzi sèchement désavoué, l’Italie plonge dans l’incertitude

Il avait tenté de réformer un système politique en constant déséquilibre depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le jeune président du Conseil a échoué. Il ouvre un boulevard aux populistes antieuropéens

Et voilà. La défaite est «cuisante» pour le premier ministre italien, selon Courrier international, lui qui avait «tout misé sur ce référendum» et lui qui a été désavoué par près de 60% des citoyens. Une «tempête parfaite», celle «que l’on craignait tant, est arrivée», déplore «L’Espresso». Elle s’abat sur le pays, et elle est immédiatement récupérée par les populistes qui considèrent les gouvernants européens comme des marionnettes de Bruxelles:

Le jeune outsider qui s’était hissé au pouvoir en promettant de «rottamare» [envoyer à la casse] la vieille politique et les anciennes habitudes, mais aussi de faire grandir une nouvelle classe dirigeante, «s’est rapidement transformé en meneur d’une nouvelle équipe de commandement, imperméable, fermée». Résultat: c’est lui qui «a été spectaculairement mis à la casse», écrit «Libération». Ce que confirment les unes de la presse italienne ce lundi matin.

Lire aussi: Matteo Renzi démissionne après un camouflet au référendum

Dès lors, explique le newsmagazine italien du groupe de «La Repubblica», «le pays s’est senti oublié, écarté du «récit renzien». Il a peu à peu pris ses distances et s’est montré insensible aux annonces, aux promesses, voire aux réalisations du gouvernement». «Pour autant, personne n’a gagné», poursuit le journal de centre gauche, et c’est bien ce que pense aussi le président du Conseil démissionnaire. La gauche italienne est en lambeaux; et la droite, dans les starting-blocks mais «très divisée», reprend déjà «ses combats entre aspirants leaders, et les populistes du Mouvement 5 étoiles ont entrepris d’appeler à des élections tout de suite».

Escortant cette vidéo d’Euronews, deux commentaires d’internautes disent haut et fort ce qui déchire les Italiens. «Espèce de crétin, ce n’est pas assez de démissionner, tu avais promis que tu abandonnerais la vie politique en cas de défaite, alors rentre chez tes parents et cherche-toi un boulot.» Ce à quoi répond cet autre correspondant: «Tu ne te rends sans doute pas compte que ce type a juste essayé de mettre fin à l’équivalent de la IIIe République [française], c’est-à-dire à un régime instable qui n’assure pas une bonne gouvernance du pays. C’est sans doute un des rares hommes politiques italiens à avoir osé aller contre les autres politiciens pour l’intérêt du pays, d’où la mobilisation massive de tous les partis contre lui. C’était un espoir d’avenir meilleur pour l’Italie.»

Tout cela, le chef du gouvernement qui ira présenter ce lundi sa démission au président de la République, Sergio Mattarella, le sait très bien. Et si l’on ajoute «à ce désordre» la nouvelle loi électorale qui a été pensée pour aller de pair avec la réforme constitutionnelle enterrée – elle ne prévoit que le mode d’élection de la Chambre, pas du Sénat – à l’heure actuelle, si les Italiens retournent aux urnes, «ils ne disposent pas d’une loi électorale leur permettant d’élire un nouveau Sénat». La naissance de la Troisième République est remise aux calendes grecques. C’est «l’année zéro» qui commence, pour «L’Espresso», ce que Matteo Renzi avait évidemment en tête lorsqu’il a parlé ce dimanche à la presse, grave, désabusé, presque agacé face à cette «grande défaite de la démocratie» et très ému:

L’opposition, elle, «s’est immédiatement félicitée du rejet de la réforme constitutionnelle, explique «Le Figaro». Le premier à réagir a été le leader de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, qui a parlé de grande victoire de la démocratie et de résultat ne souffrant aucune équivoque». «La propagande du régime et tous ses mensonges sont les premiers perdants de ce référendum», écrit pour sa part sur son blog Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement 5 étoiles, qui apparaît comme le principal bénéficiaire du référendum et récolte les fruits du délitement de la gauche: «Les premiers vainqueurs sont les citoyens qui ont relevé la tête et sont venus voter en masse.» Le directeur du «Corriere della Sera», en vidéo, appelle leurs représentants politiques «du même bord» d’assumer leurs responsabilités et d’aller aux anticipées.

Et maintenant, alors? BFMTV résume bien la situation en disant que «le scénario désormais le plus probable», c’est que le président de la République «nomme un chef de gouvernement» dit «technique» ou un représentant d’une majorité élargie qui sera difficile à trouver. Plusieurs noms circulent déjà, outre celui de Renzi lui-même, dont on peine à croire qu’il rempile: l’actuel ministre des Finances, Pier Carlo Padoan, ou le président du Sénat, Pietro Grasso. Ce gouvernement devrait notamment «être chargé de faire adopter le budget 2017 au parlement et de modifier la loi électorale, avant d’éventuelles élections anticipées. Il pourrait aussi décider de durer jusqu’à la fin de l’actuelle législature, en février 2018.»

En attendant, constate la revue de presse de France Culture, «depuis la victoire des populistes en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis, une nouvelle théorie veut que cette révolte du peuple soit en train de gagner, à présent, le Vieux Continent». Dans ces conditions, «on imagine aisément ce qu’il serait advenu si Norbert Hofer avait remporté, hier, l’élection présidentielle en Autriche». Si ce résultat «invalide cette nouvelle théorie du domino, en revanche, l’issue du référendum en Italie rebat les cartes», connaissant les ambitions de Cinque Stelle.

Avec «une droite qui n’en finit pas de se morceler et […] un Parti démocrate qui se débat lui-même avec son courant frondeur», les populistes ont toutes les chances «de prendre la relève». Et les peuples de se libérer «peu à peu de cette usine à gaz nommée UE», renchérit «L’Essentiel» luxembourgeois.


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