Ces maudites familles de la classe moyenne

De quoi se nourrit le soutien aux familles et à la classe moyenne depuis de nombreuses années? De promesses électorales! Il est enfin temps de concrétiser les mesures que tous les partis ont fait miroiter tant aux familles qu’à la classe moyenne.

La politique familiale de la Suisse est lacunaire. L’initiative du PDC pour aider les familles ne comble pas tout le manque relevé dans ce domaine, mais elle est indéniablement l’une des pièces du puzzle de notre politique familiale future. Pour aider toutes les familles, d’autres mesures sont nécessaires du côté financier et dans les possibilités de conjuguer vie familiale et vie professionnelle, notamment par le développement de structures de garde extra-familiale.

A en croire celles et ceux qui jugent les familles de la classe moyenne indignes d’un soutien, cette initiative aurait tous les défauts.

Elle favoriserait uniquement les riches, d’abord, puisque les familles payant davantage d’impôts bénéficieraient de davantage de soutien et que les moins favorisées ne profiteraient pas de cette initiative. Il est vrai que celles et ceux qui ne paient pas d’impôts ne peuvent bénéficier d’un rabais sur ceux-ci. Mais il faut rappeler que, si de nombreuses familles sont dispensées de payer des impôts fédéraux, ça n’est pas le cas des impôts cantonaux et communaux, qui pèsent sur leur revenu disponible. Par ailleurs, les familles les moins favorisées bénéficient de diverses aides directes, indispensables au maintien d’une qualité de vie acceptable – c’est très bien ainsi. Par contre, les familles de la classe moyenne qui portent le plus lourd fardeau de la fiscalité perdent aussi, comme les autres, 40% de leur pouvoir d’achat lors de l’arrivée de leur premier enfant alors qu’elles ne bénéficient que d’un soutien limité. Il est faux de dire que la classe moyenne ne bénéficie que partiellement de la proposition du PDC. En effet, le gain pour les familles de la classe moyenne ne se situe pas uniquement dans l’économie d’impôts générée mais aussi par de nombreux effets de seuil. Il n’est pas rare de voir une famille perdre son droit à une bourse d’études pour ses enfants ou à un soutien financier pour les primes de caisse maladie uniquement parce que la prise en compte des allocations familiales dans le revenu imposable la fait passer dans une classe d’impôts supérieure, la privant ainsi de soutiens bienvenus. Si l’on ne procrée pas pour gagner des allocations, on peut renoncer à le faire par manque de moyens. Cela est particulièrement vrai pour la classe moyenne qui sait qu’elle sera la vache à traire de la fiscalité sans soutien fort en retour…

L’initiative empêcherait également l’Etat de maintenir ses prestations. Cet argument est probablement le plus fallacieux. Aucun souci de report de charge sur les prestations étatiques lorsqu’il s’agit d’alléger les entreprises, aucun souci de financement lorsqu’il s’agit de prestations sociales supplémentaires. Mais, lorsqu’il s’agit d’un soutien concret aux familles, alors là le bât blesse. Faire croire que perdre un milliard pour les collectivités publiques, c’est tuer les investissements et mettre en péril les autres soutiens étatiques, c’est une exagération grossière puisque ce montant, certes très conséquent, ne représente en réalité que 0,5% des revenus fiscaux des collectivités. Une telle perte est acceptable car elle représente souvent moins que la variation imprévisible de chaque budget public et bien moins que les économies possibles dans les budgets de fonctionnement.

Finalement cette mesure, simple et logique, qui permettrait de faire bénéficier un million de familles helvétiques d’un soutien moyen de 1000 francs par année, a la tare principale d’être soumise au peuple en année électorale, ce qui pousse ainsi chaque parti à rejeter les idées des autres. Cette manière de faire est indigne de la politique suisse, et les familles en ont assez de se voir ballottées d’un côté et de l’autre pour de mauvaises raisons. Elles attendent encore l’allégement promis en 2008 par l’ancien conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz suite à l’acceptation du paquet fiscal visant, à l’époque, à alléger les entreprises. L’économie paie chaque année 5 milliards de francs pour soutenir les familles. L’Etat se sert au passage, retenant 20% de ces montants. L’initiative du PDC ne fait que corriger une injustice.

En résumé, notre initiative postule simplement que toutes les familles doivent être soutenues et qu’il s’agit de cesser d’opposer les familles entre elles en fonction de leur mode d’organisation ou de leur statut.

Un enfant ça n’est pas un objet financier, c’est beaucoup plus, de l’amour, de la joie, du bonheur. Finalement, l’initiative du PDC nous impose de nous rappeler que les familles sont la base de notre société et que la classe moyenne en est le ciment.

Au final, il s’agit d’un vrai choix politique: quelle place veut-on donner aux familles dans notre pays? Le PDC répond sans hésitation: la première.

Si l’on ne procrée pas pour gagner des allocations, on peut renoncer à le faire par manque de moyens

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