La justice genevoise a mis près d'un mois à répondre aux graves critiques dont elle a été l'objet de la part des experts mandatés par le Grand Conseil. Pour pas grand-chose: les principaux arguments utilisés pour justifier un recours à la détention avant jugement qui enfonce tous les records helvétiques avaient déjà été abattus en novembre dernier.

Sa réflexion sur le rapport des experts n'a toutefois pas été improductive. Elle lui a permis de dresser une liste de critiques, parfois pertinentes, parfois moins, du travail accompli. Et c'est à ces critiques qu'a été consacrée la plus belle part de la conférence de presse que le procureur général Daniel Zappelli a consacrée mercredi à ce rapport.

A côté de cette défense en forme d'attaque - on sait que ce sont les meilleures -, les magistrats genevois font valoir des arguments connus mais néanmoins tout à fait raisonnables. Genève affecte à l'exercice de la justice des sommes inférieures à celles consenties dans les cantons confrontés à des formes de délinquance comparables, comme Zurich ou Bâle, qu'on leur donne en exemple. Et le nombre de magistrats par habitant y est très nettement inférieur.

Ces chiffres permettaient de souligner que la condition des prisonniers dans un Etat donné est autant affaire de choix politiques que de décisions judiciaires. Ils ont surtout été utilisés pour une complainte dont les accents résignés ne laissent guère d'illusion sur l'état d'esprit dominant au sein du troisième pouvoir.

A une époque marquée par le volontarisme parfois débordant des «petits juges» a succédé l'ère du repli sur les affaires courantes. Et ce repli, que quelques déclarations ronflantes de Daniel Zappelli sur le respect dû aux victimes ne parviennent pas à masquer, a empêché les magistrats de saisir la critique principale des experts.

Plus que de fonctionner trop lentement, ces derniers leur reprochent de fonctionner tout court. D'appliquer les normes de procédure machinalement avec des résultats discutables sur le respect du principe de proportionnalité. De manquer, en un mot, de l'ambition du travail bien fait.

Pour une majorité de magistrats qui se battent chaque jour avec des agendas surchargés, c'est certainement une critique très injuste. Mais pour la machine prise dans son ensemble, la réaction d'hier donne à penser qu'elle est malheureusement justifiée. Page9

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.