Conférence de conciliation

De mauvais motifs pour interdire le glyphosate

OPINION. L’Europe a renoncé à interdire l’herbicide, dans un contexte particulier. Mais partisans et opposants s’appuient chacun sur des études scientifiques dont la pertinence politique est pour le moins douteuse

Faut-il bannir le glyphosate? Douter de la réponse, c’est déjà s’exposer à la suspicion d’intelligence avec l’industrie pharmaceutique. Je prends le risque de poser la question, en sachant que cela ne m’apportera, à coup sûr, pas beaucoup d’amis.

L’herbicide provoquerait le cancer. C’est ce qu’affirme un organisme de recherche de l’OMS, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui ne s’occupe pas que du glyphosate. La liste des produits «probablement cancérogènes» est longue comme un jour sans pain. On la trouve sur Internet. Et, sans grande surprise, on y découvre un paquet de choses que l’on n’a pas forcément envie d’avaler, sans même toujours savoir ce que c’est: le glyphosate, bien entendu, mais aussi le méthanesulfonate de méthyle, le virus de l’herpès ou le gaz moutarde.

La viande, le tabac, l’amiante…

Plus étonnant, figurent aussi dans la fameuse liste des probablement cancérogènes la viande rouge, les boissons très chaudes et l'exercice du métier de coiffeur, en raison des produits utilisés. Voilà autre chose. Mais ce n’est pas la seule liste. Une encore plus effrayante, par exemple, est celle des cancérogènes avérés. Elle contient évidemment le tabac et l’amiante. Mais aussi les boissons alcoolisées et la fabrication de chaussures.

Vous avez pu le constater, on trouve moins de volontaires pour interdire la Feldschlösschen que le glyphosate, alors que la nocivité de l’une est garantie contrairement à l’autre, en dépit d’une récente croyance populaire. C’est la dose qui fait le poison. Une petite bière, ça ne fait pas de mal. De tous les produits comestibles, ce sont les pâtes alimentaires qui contiennent le plus du fameux herbicide. Or il faudrait manger 71 kilos de spaghettis par jour, une vie durant, pour s’exposer à une dose de glyphosate qui présenterait des conséquences sanitaires.

Où se situe le problème?

Sachant que personne ne parle de trinquer au Roundup, il est difficile de voir franchement où se situe le problème. On ne vous demande d’ailleurs pas non plus d’ingurgiter des bidons d’eau de Javel, produit aux vertus pourtant incontestées.

Il y a peut-être de bonnes raisons d’interdire le glyphosate. Peut-être des problèmes liés à son utilisation professionnelle, peut-être la défense de l’agriculture biologique ou l’activisme politique contre le génie génétique. Une chose est sûre, cependant: les motivations que l’on nous sert aujourd’hui sont franchement mauvaises.


Chronique précédente

Les Paradise Papers, ou la parabole de la paille et de la poutre

Publicité