#BruissementsDigitaux

«Mauvais requérant», mais bon client pour l’extrême droite

Derrière le «succès» de la vidéo d’un requérant d’asile du foyer des Tattes se cachent deux personnages qui n’ont rien à faire l’un avec l’autre. Enfin, je crois

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«Mauvais» requérant, star de l’extrême droite

Notre chroniqueur fouille les circonvolutions du Net politique et des politiques sur le Net

A l’échelle romande, la vidéo de ce requérant d’asile du foyer des Tattes à Vernier (GE) est un véritable succès. Alors que ces lignes s’écrivent, la diffusion de son interview via Dailymotion a été visionnée près de 17 000 fois, partagée à des centaines de reprises sur les réseaux sociaux. Si la situation n’était pas aussi sérieuse, on parlerait déjà de buzz, à défaut de pouvoir employer le terme «ramdam», propice à toutes les interprétations, et surtout les plus pernicieuses dans le contexte qui suit.

Nul besoin d’une analyse cinématographique des 4 minutes et 37 secondes que dure la séquence pour comprendre l’attrait de ce Tunisien, débouté de sa demande d’asile: c’est lui, le mauvais requérant. Celui qui préfère «aller chercher une vieille de 40 ans et la baiser chaque soir, avant de dormir chez elle». Elle? Cette «Suissesse qui manque de sexe», laquelle lui lâchera finalement «un peu d’argent» à son réveil avant que l’amant d’un soir s’octroie une «douche». Ce requérant, quelle belle opportunité pour les amoureux des frontières étanches.

Devant l’objectif de la caméra, l’homme explique «qu’on ne peut pas vivre dans un abri PC pendant le ramadan», le «mois préféré des musulmans». Et de questionner: «Parce que tu penses que les Suisses, eux, accepteraient de vivre dans une cave?» Réponse de celui qui lui avait tendu le micro? «Mais les soldats suisses vivent dans des abris PC, vous le savez?» Ah, ce requérant: du pain bénit pour l’extrême droite.

Réalisée le 15 juin, diffusée le 16 sur le compte du site La Pravda.ch, média «romand» autoproclamé «indépendant», l’interview a été réalisée par deux individus: Alimuddin Usmani et Joseph Navratil. Ces noms ne vous disent sûrement rien. A moi, oui.

Le premier est un journaliste indépendant, contributeur régulier du site d’Alain Soral, Egalité et Réconciliation, et de la nouvelle plateforme de Dieudonné, Quenel +, ou encore des Observateurs.ch, propriété d’Uli Windisch, ancien professeur de sociologie à l’Université de Genève, rappelé à l’ordre par l’institution en 2009.

Le deuxième, secrétaire de l’UDC Ville de Genève, fut candidat aux dernières élections municipales genevoises. Mieux, il a été interviewé par… Alimuddin Usmani, le 31 mars 2015.

Tout cela pour dire quoi? Que Le Temps est devenu un repaire d’affreux gauchistes? Pas encore. Qu’un militant UDC n’a pas le droit de poser des questions? Encore moins. Que n’importe qui peut être journaliste? Assurément au nom de la liberté d’expression. Non, juste pour vous dire qu’en règle générale, un journaliste et un politicien n’interrogent pas, main dans la main, la même personne. Fût-il un «mauvais» requérant, n’est-ce pas Messieurs?

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