Tennis

Maxime Hamou, le geste sexiste de trop?

La Toile s’insurge après les baisers forcés du tennisman français à la journaliste Maly Thomas en plein tournoi de Roland-Garros

La scène est décomplexée: interviewé à l’issue de son élimination du tournoi de Roland-Garros, le tennisman français Maxime Hamou prend par le cou la journaliste d’Eurosport Maly Thomas et l’embrasse. La jeune femme tente en vain de se dégager de son étreinte en le repoussant, mais le sportif de 21 ans, tout sourire, récidive et frôle même sa poitrine de la main. Devant le stade, personne n’intervient. A l’antenne, le présentateur Henri Leconte glousse de rire. Comme si le direct anesthésiait les réactions, ouvrait la porte d’un terrain de jeu où tout est permis.

Sur les réseaux sociaux, on oscille entre colère et consternation. L’univers du sport avec ses clichés machistes en prend pour son grade. La popularité de Maxime Hamou, qui a perdu son accréditation dans la foulée pour «comportement répréhensible», aussi. «Dans un monde normal, Maxime #Hamou serait au tribunal pour agression sexuelle et les journalistes qui rigolaient dégagés de l’antenne», tance le journaliste @askolovitchC sur Twitter. «La scène dure 45 sec, tout est insupportable: l’acte, la répétition de l’acte, le rire des présentateurs sur le plateau», renchérit @TurcanMarie. 

Immature, irrespectueux, pervers: les qualificatifs ne pardonnent rien à Maxime Hamou qui, semble-t-il, considère les journalistes comme des potiches. «Maxime Hamou, 21 ans. A son âge, Nadal avait gagné 3 Roland. Lui, mange des chips et embrasse de force une journaliste», tacle @ivalerio. Face caméra, le tennisman joue de sa supériorité physique avec désinvolture. La ministre des Sports, Laura Flessel, condamne sans détour: «Non, une agression en direct n’a rien de drôle. Ne jamais laisser faire, ne jamais banaliser de tels actes.» 

Comment qualifier le geste?

«Je cherche encore l’expression «harcèlement sexuel» dans les articles sur Maxime Hamou, mais non, rien», déplore @louislepron. Le reproche est récurrent. Agression sexuelle, attouchements, atteinte à l’intégrité physique: comment qualifier le geste? «Sous l’angle du droit suisse, l’acte pourrait notamment être considéré à l’aune d’une possible contrainte sexuelle, détaille l'avocat Nicolas Capt. Encore faut-il pouvoir prouver que les caresses au travers des habits sont considérées comme caractérisant l’infraction, que l’acte est indubitablement à caractère sexuel et d’une certaine gravité.»

Excuses et rétropédalages

Face au tollé, l’espoir du tennis français a publié un communiqué d’excuses mardi sur Instagram. «J’ai laissé mon trop-plein d’enthousiasme s’exprimer maladroitement envers Maly, que je connais et respecte sincèrement», argumente-t-il, ajoutant qu’il apprend tous les jours de ses erreurs. Henri Leconte, lui-même ancien tennisman, a de son côté fait son mea culpa à l’antenne d’Eurosport.

Pas sûr que ces rétropédalages apaisent la colère des internautes, pour qui le mal est fait. Quant à la journaliste malmenée, elle affirme au Huffington Post: «Si ce n'était pas du direct, je lui aurais mis une droite.»

Le précédent TPMP

«Ok Maxime Hamou s’est fait éliminer de Roland-Garros, mais il s’est quand même qualifié haut la main pour Touche pas à mon poste…», ironise @marcais_olive. Parmi ses multiples dérapages, TPMP s’est déjà distinguée dans la catégorie «agressions sexuelles» en direct. En octobre dernier, Jean-Michel Maire, journaliste et chroniqueur, rejoue la scène du braquage de Kim Kardashian en s’improvisant Don Juan sauveur. Il en profite alors pour embrasser sur le sein Soraya, actrice d’un jour qu’il ne connaît pas. Ceci alors même qu’elle venait de refuser son «bisou un peu long». Tollé.

Sans surprise, ce sont encore des chroniqueurs de cette même émission qui ont minimisé le geste de Maxime Hamou mardi soir, prétextant qu’il était ivre. Curieux, quand on sait que l’alcool est considéré comme une circonstance aggravante en France. L’animateur Julien Courbet va plus loin. Il ne voit rien de sexiste: «Il était plein et ne s’est pas rendu compte de ce qu’il faisait. Il aurait pu faire ça à un homme.»

Culture du viol

Les mains baladeuses ne sont pas nouvelles, ni dans l’univers du sport ni ailleurs. De tels gestes contribuent pourtant à banaliser la culture du viol. Sans parler de la crédibilité des femmes dans leur activité professionnelle. Ici à l’écran, devant des milliers de téléspectateurs. Une prise de conscience est nécessaire, comme l’a rappelé la députée écologiste Cécile Duflot sur C8. Pour cesser de confondre séduction et agression. Pour montrer que tout n’est pas permis. Même en direct.

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