L’assemblée générale du Mouvement Citoyen genevois a réélu récemment «par acclamation» sa présidente Ana Roch. Sa mission est de mener la campagne pour les élections cantonales du printemps 2018. A l’entendre, le parti se porte bien. Les nouveaux membres affluent. L’ambition du mouvement est de rester le deuxième parti du canton et de conserver son siège au Conseil d’Etat. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Vraiment?

Les discussions et bruits de couloir font plutôt penser que le feu couve au sein des rangs populistes et que le parti est plus proche de l’agonie qu’autre chose.

Quoi qu’en disent les dirigeants du MCG, le parti est affaibli depuis le départ du tribun Eric Stauffer. Loin de ses esclandres, le parti s’est fondu dans la masse et ne fait guère parler de lui. Certes, le groupe parlementaire peut encore faire pencher des votes au Grand Conseil, à gauche ou à droite en fonction des sujets, lui donnant l’impression de peser d’un certain poids sur l’échiquier politique genevois, mais personne n’est dupe. Les députés du parti sont transparents et l’action du groupe parlementaire quasi invisible.

Alliance branlante avec l’UDC

Tous les espoirs du parti reposent finalement sur les épaules du conseiller d’Etat Mauro Poggia. Son positionnement centriste lui permet d’avoir une bonne image auprès des électeurs. Mais ce dernier aura-t-il les épaules assez larges pour tenir à lui seul le MCG? Son siège sera une des cibles si ce n’est la cible que le PLR, mais aussi le PS, viseront dans leur volonté de conquérir un nouveau siège à l’Exécutif.

Face à ces attaques, le parti pourra-t-il s’appuyer sur son alliance avec l’UDC? Rien n’est moins sûr. La «Nouvelle Force» s’est constituée sous le règne d’Eric Stauffer. Quand le parti était plus à droite qu’à gauche, dénonçant l’accord sur la libre-circulation des personnes mais conservant aussi une ligne conservatrice en termes de fiscalité ou de finances publiques. Avec un MCG penchant aujourd’hui plus à gauche, clairement marqué profonctionnaires, on peut penser que les accords de 2013 ne seront pas faciles à maintenir pour les échéances de 2018.

Enfin et surtout, la forte opposition entre d’une part le député Thomas Bläsi, probable candidat du parti agrarien au Conseil d’Etat, et d’autre part Mauro Poggia, pose un sérieux problème. On voit mal en effet le pharmacien UDC mener une campagne commune avec son «pire ennemi» politique. Dans le cadre des élections à venir, on imagine plutôt la «Nouvelle Force» se déliter, ce qui serait un obstacle de plus aux ambitions de Mme Roch et de son parti.

Stauffer candidat en 2018?

Mais la plus grande menace pour Mauro Poggia et les siens pourrait bien venir de celui qui a été banni du parti, son père fondateur et ancien président d’honneur, Eric Stauffer. Depuis qu’il a quitté le parti, ce dernier continue de siéger en qualité de député indépendant au Grand Conseil. Pour certains observateurs de la vie politique genevoise, cette position trahit sa volonté de faire son retour sur le devant de la scène – d’ailleurs annoncé sur Facebook – et de briguer à nouveau un siège au Conseil d’Etat en 2018. Si ces suppositions s’avéraient exactes, on peut être certain que ce retour se ferait au détriment de l’électorat du MCG, affaiblissant d’autant plus le mouvement populiste et le siège de son conseiller d’Etat.

Sans leader charismatique, en panne d’un programme qui dépasse les caricatures, avec un siège au Conseil d’Etat qui sera la principale cible de ses adversaires, sans soutien extérieur, le parti d’Ana Roch aura beaucoup de peine à résister à un déclin programmé. Et ce déclin risque bien de s’accélérer si l’hypothèse d’un retour au premier plan du père fondateur se confirmait.


* Chroniqueuse sous pseudonyme, très introduite dans les milieux politiques genevois, Emilie Sombes décode sans langue de bois la campagne en vue des élections cantonales de 2018.