La Suisse est le premier pays européen auquel je rends visite en tant que premier ministre de l’Etat chinois. Dans la culture chinoise, «la première fois» a toujours une signification symbolique. Je n’ai pas choisi la Suisse par hasard: plusieurs engagements doivent être concrétisés dans le cadre de cette visite, tous lourds de sens pour l’ouverture de la Chine et pour les relations avec la Suisse.

Tout d’abord, il s’agit de faire avancer les négociations destinées à créer une zone de libre-échange entre la Chine et la Suisse. Lors de ma visite en Suisse en 2010, nous nous sommes mis d’accord pour mener des préparatifs rapides en vue de l’instauration de cette zone. Depuis plus de trois ans, les responsables des deux pays ont mis les bouchées doubles et sont arrivés à un accord après neuf rounds de négociation. En franchissant ce pas, la Suisse devient le premier pays d’Europe continentale, ainsi que la première des vingt économies les plus développées du monde à conclure avec la Chine un accord de libre-échange d’une telle ambition.

L’an dernier, notre commerce bilatéral a atteint 26,3 milliards de dollars US, dont 22,8 milliards en exportations de la Suisse vers la Chine, ce qui, mis en regard avec la population de la Suisse, représente 2800 dollars par habitant. La Chine s’est donné beaucoup de peine pour pouvoir conclure avec la Suisse un accord de libre-échange ambitieux. Cela montre bien que notre pays ne veut pas s’arrêter en chemin dans son mouvement d’ouverture internationale et est fermement attaché à faire progresser rapidement le système commercial multilatéral aussi bien que le commerce régional et les zones de libre-échange. Un accord de libre-échange ambitieux signifie aussi se fixer des objectifs ambitieux. En effet, notre travail commun ne se juge pas qu’à l’aune de l’économie et du commerce, mais donne aussi au monde un signal fort contre le protectionnisme entravant le commerce et les investissements et en faveur de la libéralisation et la facilitation commerciales.

Deuxièmement, il s’agit d’intensifier les échanges et la collaboration dans le secteur financier. La Suisse a un secteur financier et bancaire de haut niveau et bénéficie d’une riche expérience managériale. Elle est connue comme le pays dont la densité bancaire est la plus grande. Une coopération renforcée avec la Suisse dans les domaines de la surveillance, de la politique macroéconomique et du marché des capitaux est d’un intérêt objectivement évident pour l’économie chinoise. La Chine est sur le point d’approfondir la réforme et l’ouverture de son système financier, qui comprend une réforme orientée vers le marché du taux d’intérêt et la convertibilité du renminbi, avec une balance des paiements plus sûre. Nous mettons en place un système pour les personnes physiques investissant hors de la Chine continentale. Et nous complétons des mécanismes de contrôle financier, ce qui donne de nouvelles opportunités réciproques de développement de sociétés financières pour les deux pays. De plus, nous pouvons, par des coopérations dans les institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, jouer un rôle de «1 + 1 > 2», de manière à ce que la situation financière internationale reste stable et que l’économie mondiale continue de croître.

Troisièmement, il s’agit entre nous de confiance et de compréhension mutuelles. Le niveau des relations et des objectifs visés par notre coopération ne dépend pas seulement des nouvelles opportunités qui s’offrent, mais aussi de notre capacité d’élever au plus haut niveau cette confiance et cette compréhension.

La Suisse fait partie des premiers pays occidentaux à avoir établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine. Et lors de la réforme et de l’ouverture de notre pays, la première joint-venture industrielle chinoise était sino-suisse. De plus, la Suisse a été un des premiers pays européens à reconnaître la Chine comme une économie de marché à part entière.

Tout cela forme le fondement d’une confiance mutuelle. Mais pour que la coopération sino-suisse s’améliore encore et se développe, nous devons faire plus encore. Avec cette visite, je forme le vœu que non seulement les dirigeants politiques des deux pays apprennent à mieux se connaître et à se faire confiance, mais que les habitants des deux pays nouent des liens, qui seront la semence de l’amitié dans les nombreux domaines des échanges humains.

Permettez-moi de citer brièvement quelques exemples des opportunités liées à un développement des relations avec la Chine. A valeur constante, son produit intérieur brut a progressé d’un facteur de 3,2 entre 2000 et 2012. Avec un taux de croissance annuel moyen de 7%, il faut s’attendre encore à un doublement d’ici à 2020 par rapport à 2010. Durant les cinq prochaines années, la Chine importera des biens d’une valeur de quelque 10 billions de dollars et investira 500 milliards de dollars à l’étranger. La Chine poursuit activement son urbanisation, de sorte que plusieurs centaines de millions de paysans vont devenir des citadins, entraînant une forte demande. Cela doit inciter à adopter une perspective large du développement économique chinois. Cela créera plus de chances pour tous les pays, y compris la Suisse.

S’agissant de la politique du gouvernement chinois, j’aimerais souligner ceci: à l’intérieur, nous approfondissons de manière déterminée notre réforme orientée vers le marché, nous libérons les dividendes de la réforme chinoise, nous développons l’économie de manière durable, nous améliorons continuellement les conditions de vie de la population, nous promouvons la justice sociale et nous nous efforçons de garantir l’égalité des chances. A l’extérieur, nous nous tenons imperturbablement au développement de la paix, nous poursuivons une stratégie d’ouverture offrant des avantages mutuels et nous élargissons les domaines et l’étendue géographique de notre ouverture internationale. Dans ce contexte, nous nous efforçons d’ouvrir en particulier le secteur des services afin de favoriser réforme, développement et transformation.

Qu’il puisse y avoir entre nous des différences de points de vue et des différences conduisant à de l’irritation est selon moi inutile. La Chine continue de s’engager pour la promotion de la croissance, de la garantie des droits de l’homme et de l’application du droit. Des divergences nées de notre histoire, de notre culture et de notre niveau de développement peuvent surgir, mais nous pouvons les surmonter par nos forces. Nous devrions, sur la base du respect mutuel, approfondir notre estime mutuelle par la communication et l’échange, en recherchant toujours nos intérêts communs, créant ainsi une situation de «win-win» dans l’avantage de chacun.

Je me souviens bien de ma visite en Suisse en tant que vice-premier ministre, il y a trois ans. Durant ce voyage de quatre jours, j’ai bénéficié d’un programme copieux et fructueux, avec des entretiens intensifs avec des politiciens et des entrepreneurs, sans oublier ma participation au Forum de Davos sous une neige drue. Aujourd’hui, l’ombre de la crise financière internationale ne s’est pas encore dissipée. Ce n’est qu’en se montrant unis que les pays du monde entier, qui se trouvent tous dans le même bateau, peuvent surmonter les difficultés communes. Pour cela, il faut se détourner du protectionnisme dans le commerce et dans les investissements, en particulier sous couvert de mesures antidumping et antisubventions. Il faut en outre éviter des effets «spillover» négatifs en cas d’assouplissement quantitatif de la politique monétaire.

S’agissant de l’actuelle visite, je me suis posé des questions. Comme la visite est très courte, je ne vais pas pouvoir atteindre tous les buts fixés. Mais il y a la coopération obtenue par les efforts communs des entreprises, des gens et des gouvernements des deux pays. Même si nous avons déjà accompli du très bon travail, il n’y a rien de bon qui ne puisse être amélioré. D’où ma décision de venir en Suisse.

Je forme le vœu que

les dirigeants des deux pays apprennent à mieux se connaître

et à se faire confiance

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