Les médecins font de mauvais avocats. Au moins quand il s’agit de défendre leur propre cause. Une petite pique du ministre de la Santé et toute la profession est en émoi. La panoplie complète du personnel des salles d’opération s’est succédé à la télévision. Et plus ils se défendent de gagner des sommes folles, plus ils sont suspects.

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La déconnexion est complète entre le Suisse médian qui paie ses primes, et l’homme au stéthoscope qui ne voit pas le début du problème.

Brandissant maladroitement l’argument des charges d’exploitation, certains mélangent allègrement revenu brut et imposable. Les impôts feraient partie des frais généraux. Comme le SUV et le chalet à Verbier peut-on ajouter avec sarcasme.

Il y a aussi ce chirurgien genevois qui joue la transparence dans Le Temps. Il perçoit un revenu «compris entre 250 000 et 750 000 francs par année». Dans la même veine, je pèse entre 30 et 100 kilos. Avec un tel degré de précision, l’homme vous greffe un rein à la place du cœur. Pas sûr que ce genre de mise à nu approximative paie.

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D’autres relativisent. 600 000 francs par an, c’est un revenu optimal pour un médecin-chef. Optimal, comprenez, raisonnable. On verserait presque une larme. Docteur, vous vous trompez. 600 000 francs pour un salarié du secteur public ou des assurances sociales, ce n’est pas normal. C’est énorme. Même en Suisse. C’est le salaire d’un conseiller fédéral et demi. C’est huit fois le salaire médian, deux à trois fois celui des cadres des banques ou des assurances.

La polémique est cruelle. Elle ne concerne qu’une partie seulement des médecins et ne rend pas justice à tous ceux, nombreux, qui travaillent sans compter leurs heures pour un revenu convenable, décent. Elle mélange un peu tout.

Les spécialistes gagnent bien leur vie? Tant mieux. C’est tout le mal qu’on leur souhaite. D’autres jouent au tennis, dirigent des multinationales ou font le commerce des matières premières. Ils gagnent bien plus sans sauver de vies.

Docteurs, gagnez le maximum. Je vous en prie. Mais dans un marché libre. Avec une vraie concurrence. Sans obligation de contracter. Sans ce tarif aussi incompréhensible que hors de prix. Parce que le problème, ce n’est pas tant votre salaire que la poche dans laquelle il est prélevé: celle des assurés contraints et solidaires.


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