Cet été, «Le Temps» a confié ses espaces dévolus aux opinions à six personnalités, chacune sur un thème et une semaine. Après l’avocat et chasseur de criminels de guerre Alain Werner (retrouvez toutes les tribunes sur la justice internationale ici), c’est au tour de Gisou van der Goot, professeure et vice-présidente de l’EPFL, de faire écrire ses invités, sur la science, le climat, mais pas seulement.

Découvrez les tribunes de la semaine de Gisou van der Goot

La grande mythologie de l’avenir, celle qui remplace les anciennes et faiblissantes croyances, celle qui doit nous sauver, y compris de nous-mêmes, c’est la technologie. Et, occupant la pointe de la technologie, tout en lui apportant un trouble métaphysique, il y a la numérisation, l’intelligence artificielle et la robotisation. Elles remplacent la génétique et la biologie dans la construction imaginaire des origines et des destinées. C’est sur elle que portent la plupart des livres de futurologie. Le récit collectif est tissé de slogans comme: le monde des algorithmes et des données nous fait entrer dans une autre époque qui ne représente pas seulement un changement, mais un changement dans la manière de changer.

Seulement, ce récit est-il réaliste? Son problème vient de ses limites non éclaircies, de son ancrage dans le monde réel. Le modèle porté par les entreprises du big data, par exemple, consomme de colossales quantités d’énergie, gaspille des ressources non renouvelables et ne s’intéresse en rien à l’avenir des écosystèmes biologiques auxquels nous appartenons. Sa logique renforce au contraire les travers des sociétés actuelles: inégalités croissantes, panurgisme, manipulations de l’opinion, fuite en avant dans la consommation.