Back to work, le slogan du gouvernement, «c'est notre affaire». Et quand Henk de Rooij dit «c'est notre affaire», il veut parler des partenaires sociaux. Henk de Rooij dirige le Centre de réintégration de la branche des transporteurs routiers aux Pays-Bas, basé à Gouda, dans le sud du pays, là où sont concentrées beaucoup d'entreprises du secteur. Il s'agit d'une organisation privée mise sur pied paritairement par les employeurs et les travailleurs. C'est elle qui a la responsabilité de rechercher, d'entente avec l'entreprise et le salarié concerné, une solution qui permette le maintien de ce dernier dans le circuit de l'emploi durant la phase cruciale des deux premières années pendant lesquelles, en principe, le paiement de 70% du salaire d'un travailleur en incapacité de travail incombe à l'employeur, l'assurance invalidité n'intervenant qu'après.

La loi exige que l'entreprise mette tout en œuvre pour maintenir ou réintégrer un employé dont la capacité de travail est diminuée. Des incitations financières très importantes sont là pour contraindre les entreprises à prendre leurs obligations au sérieux. Les plus grandes disposent de leur propre service de réintégration. D'autres sous-traitent la tâche à des compagnies d'assurances. Les transporteurs routiers ont choisi, eux, de créer un organisme indépendant, qui compte aujourd'hui dix-huit personnes.

«Je ne suis pas au service de l'employeur»: pour Henk de Rooij, cette autonomie est fondamentale pour la réussite de sa mission. «Je vais voir les gens moi-même et je leur dis que je ne suis pas là pour l'employeur, mais pour eux.» Le Centre de réintégration est appelé à intervenir, en général, après une semaine déjà d'absence du travail. Ses «case manager» prennent contact avec l'entreprise et l'employé. Si c'est une simple grippe, on en reste là. Ça peut être autre chose, que l'équipe de Henk de Rooij est chargée d'identifier: un conflit du travail, des problèmes privés, etc.

«Après trois à six semaines d'absence du travail, nous sommes en mesure de formuler nos premières analyses. S'il s'agit, par exemple, d'une mésentente avec la hiérarchie, nous pouvons proposer une médiation. Nous constatons parfois que le problème réside chez l'employeur, et nous le lui disons.» La voix du Centre de réintégration est entendue: l'employeur sait qu'il a un intérêt financier parfois très direct à se montrer attentif à ce que lui disent Henk de Rooij et son équipe (lire ci-dessus)

Si un problème de santé se révèle, un médecin d'entreprise interviendra. Mais Henk de Rooij sourit avant d'insister: «Nous cherchons à «démédicaliser» le problème. Nous n'attendons pas du médecin qu'il nous dise que son patient a perdu tant de pour-cent de sa capacité de travail, mais qu'il nous informe si l'employé, qui, par exemple, ne peut plus conduire un camion, peut encore être pompiste.» Tel est le mot d'ordre de la loi: s'attacher à ce que la personne peut faire, et non plus à ce qu'elle n'est plus en mesure de faire. Parfois, Henk de Rooij sera extrêmement satisfait d'avoir pu obtenir que le travailleur vienne à son travail ne serait-ce que deux heures par jour, quitte à ce que la situation ne se stabilise que plus tard. Pour lui, c'est une victoire: le salarié est resté dans le circuit de l'emploi.

Efficaces, ces efforts de réintégration. Henk de Rooij en est convaincu, citant des statistiques nationales: sur l'ensemble du pays, les annonces d'arrêt de travail pour cause de maladie ont reculé de 5,9% en 2002 à 5,5% l'année suivante. Désormais, seul 1,3% des cas passent à l'assurance invalidité à proprement parler, qui prend le relais lorsqu'il apparaît que, malgré tous les efforts possibles de l'employeur et du travailleur, il s'avère qu'un retour au travail est impossible.

Il reste que lorsqu'on lui demande si la réforme imposée actuellement par le gouvernement est une bonne réforme, Henk de Rooij fait la grimace. Si convaincu qu'il soit par la nécessité d'en appeler davantage à la responsabilité individuelle, il commence quand même à trouver que l'assurance invalidité elle-même devient terriblement chiche pour ceux qui en ont réellement besoin et qui ne retrouveront jamais le chemin de l'emploi.

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