Revue de presse

Les médias accusent le coup de matraque Hallyday

La mort du «French Elvis» à peine annoncée la nuit dernière, ce fut la déferlante, quasi planétaire, jusqu'au «Hindustan Times». Pour mettre la dernière pierre au faîte du monument national français

J’allais naître un mois plus tard. Et lui naissait dans la mémoire du public, se souvient Closer: «Lors d’une première télé en avril 1960 aux côtés de Line Renaud qui le parraine, il chante en se roulant par terre. Scandale, mais les ventes décollent […] et, après quelques galas, le phénomène se confirme: les fans adorent et, dans une ambiance explosive, ne cachent pas leur enthousiasme en hurlant aux premiers rangs et en cassant tout.» Johnny débarque.

Près de soixante ans plus tard, Le Parisien rend compte du choc – attendu depuis quelques jours – «en continu». Il termine la construction du monument national. Et toute la France sursaute violemment. Les médias de l’Hexagone, ceux d’ailleurs, les sites internet de presse du monde entier accusent le coup de matraque. Les Echos titrent «Mort d’un monstre sacré», alors que pour Le Figaro, «la dernière idole de la France s’en va». A Madrid, on parle de l'«icono del rock francés» dans El País. A Milan, de l'«icona della musica francese» dans le Corriere della Sera. A Hambourg, d’un «Altrocker» qui est une «institution», dans le Spiegel. A New York, du «French Elvis», dans Variety. A Londres, de la «France’s biggest rock star», sur la BBC.

Mais pas seulement. L’Hindustan Times salue la mémoire du «France’s king of rock». La Folha de São Paulo celle du «maior astro do rock francês». Le South China Morning Post celle du «French Elvis Presley». Le Hollywood Reporter celle du «Giant of French Rock Music». Quant au Journal de Québec, il se souvient avec le chanteur Eric Lapointe que ces deux-là, «en répétitions et en soupant», s’entendaient «super bien». «Mais un coup qu’on était en situation de show, j’ai compris pourquoi c’est un monstre sacré», avait-il dit avant de monter sur scène avec le mythe: «J’ai compris aussi que je m’en allais à la guerre, qu’il ne me restait plus grand espace sur scène parce que le charisme du bonhomme prenait toute la place. Même les paroles se sont transformées pendant l’interprétation de la chanson. En sortant de scène, il m’a regardé et m’a dit: «Bonhomme, je croyais que tu allais me cogner.» Il donnait des leçons d’interprétation à chaque fois qu’il prenait le micro.»

Flash-back, parce qu’il faut bien. «Souvenirs souvenirs, son second disque, est un succès», dit encore Closer. Mais c’était encore en deçà de «Retiens la nuit», la chanson sur laquelle beaucoup se sont réveillés ce mercredi matin et ont peut-être versé une larme. Ou plusieurs. «Le titre mythique», signé Aznavour – peu s’en souviennent. Mais c’était encore en deçà de «L’idole des jeunes» et de la période yéyé que Johnny Hallyday «embrasse avec gourmandise». En 1965, cette idole se marie avec une autre chanteuse en vogue, Sylvie Vartan, la Bulgare, blonde sublime. Paparazzi. Et le succès fait une pause. Johnny délaisse «le rock pour tenter d’autres aventures artistiques».

Français, Belge, Suisse…

Il ne reconquerra vraiment le public qu’en 1969 avec «Que je t’aime». Nouveau départ. Pour toujours ou presque, cette fois. Aujourd’hui on dit «Johnny forever». Le rock ne le quittera plus, faisant sa fortune jusqu’en 2006, où «Jean-Philippe Smet, alias Johnny, se rappelle ses origines […]. Il introduit une demande de naturalisation. La rumeur dit qu’il veut devenir Belge pour filer à Monaco.» Mais en octobre 2007, il renonce. «Il restera Français»… Merci pour la France, qui en fait son «icône de la rébellion». Jusqu’à ce que ses «soucis d’argent» le poussent «finalement à Gstaad pour bénéficier du forfait fiscal suisse». Avant la Californie. C’est la RTBF qui rappelle toutes ces péripéties.

Optic 2000 avait estimé que le rocker «français d’origine belge qui habite en Suisse et en Californie» avait «une image désormais trop brouillée. Trop bling-bling aussi.» Fin du contrat d’image. «Manque à gagner pour le couple Hallyday: entre 300 000 et 1 million d’euros par an.» Mais qu’est-ce que cette perte pour «l’artiste numéro 1 en France, avec ses 100 millions d’albums vendus et ses 180 tournées? «Des chiffres qui donnent le tournis» au service public belge.

Et à tout le monde.

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