Revue de presse

Les médias sous le choc après l’attaque de lundi soir à Berlin

C’est un symbole de la chrétienté qui a été la cible du chauffeur de camion, un marché de Noël, déplore la presse. Qui plus est au pied de l’église du Souvenir, devenue lieu de mémoire de la Seconde Guerre mondiale

La police de Berlin a donc annoncé ce mardi qu’elle traitait désormais comme un «probable attentat terroriste» l’affaire du camion qui a foncé ce lundi soir dans la foule d’un marché de Noël sur le Kurfürstendamn, à deux pas de la célèbre église du Souvenir, faisant au moins 12 morts et 48 blessés. Durant toute la nuit, les médias d’outre-Rhin ont suivi les développements du tragique événement sur des live blogs, à l’instar du Hamburger Abendblatt.

Ce nouveau drame rappelle, par ses circonstances, l’attentat au camion-bélier du 14 juillet dernier à Nice en France, le soir de la fête nationale française. «Nos enquêteurs estiment que le camion a été intentionnellement dirigé dans la foule», indique la police municipale sur Twitter:

Cité par Courrier international, un porte-parole des forces de l’ordre avait d’abord déclaré lundi à la Deutsche Presse-Agentur (DPA) que la police soupçonnait un attentat, mais qu’elle n’excluait aucune autre piste. Die Welt souligne d’ailleurs que «plusieurs signes pointaient le risque d’attentat contre un marché de Noël depuis plusieurs jours». Et selon la Berliner Morgenpost, «le camion aurait parcouru 50 à 80 mètres sur le marché, renversant des échoppes sur son passage, avant de s’arrêter».

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Très affecté, le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maiziere, ne voulait «pour le moment prononcer le mot attentat même si beaucoup de raisons le laissent penser», a-t-il dit à l’antenne de la chaîne de télévision publique ZDF. «J’ai entendu un grand bruit et je suis allé vers le marché de Noël où j’ai vu des scènes de chaos, de nombreuses personnes blessées», a témoigné pour sa part Jan Hollitzer, rédacteur en chef adjoint de ce quotidien, sur CNN: «C’était un vrai traumatisme», relaient Les Echos.

«Le terrorisme frappe, une fois de plus», constate encore Die Welt, qui dresse la liste des attaques recensées ou déjouées ces dix-huit derniers mois, «et il y en a eu beaucoup», relaie Europe 1. «L’Allemagne est devenue une cible, écrit le quotidien, qui désigne l’auteur du drame […] comme un réfugié afghan ou pakistanais.» De quoi apporter de l’eau au moulin de ceux qui vilipendent la généreuse politique de la chancelière, Angela Merkel, en matière d’immigration depuis la guerre en Syrie et les drames en Méditerranée. France 24, en attendant, détaille les faits:

Mais il y a un problème après ces exactions: qui est le responsable? L’Etat islamique les aurait revendiquées, selon les sources (irakiennes, mais confuses) du New York Post et du Guardian, qui tous deux citent pour leur part le Washington Post. Et «des marchés de Noël, il y en a des centaines» dans tout le pays, comme le fait remarquer la Süddeutsche Zeitung. «Faut-il tous les fermer?» demande le Bild, qui souligne l’étonnante impréparation des services de sécurité […]. L’Allemagne n’a pas pris la mesure de ces nouvelles menaces. Ses services de renseignement sont exsangues et inadaptés. L’Allemagne dépend de ses alliés, […] elle ne contrôle pas […] suffisamment son immigration: plus d’un million de réfugiés sont entrés dans le pays depuis deux ans. Leur surveillance est une urgence absolue pour les experts cités.»

Europe 1, toujours, dit que «c’est un symbole qui a été frappé», en reprenant les termes du Parisien-Aujourd’hui en France: à «Berlin, au cœur de l’Europe, […] le symbole du marché de Noël, un lieu qui mélange tradition chrétienne et festivités populaires, est ciblé de longue date par les terroristes islamistes. C’est la capitale allemande qui a finalement été frappée la première.» Cette capitale à laquelle l’éditorialiste de la Frankfurter Allgemeine Zeitung rend un hommage attristé, incrédule, atterré.

Pour Le Figaro aussi, c’est un «drame doublement symbolique» qui vient de se dérouler. «Car le poids lourd a percuté la foule» au pied de la Gedächtniskirche, «partiellement détruite en 1943 dans un bombardement, devenu un lieu de mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Un symbole qui depuis hier soir va voir son visage changer. […] L’Allemagne devra réagir. […] Se pose aussi la question des moyens donnés à la Bundeswehr, l’armée allemande, dont les moyens d’action sont dérisoires», dans ce pays qui revendique son «pacifisme né de l’après-nazisme».

Die Zeit, enfin, comme après les réflexes citoyens des attentats de Paris en novembre 2015, n’a que ces injonctions à fournir à ses lecteurs: «Emballez vos cadeaux, préparez le repas de Noël, n’abandonnez jamais.» La police allemande donnera une conférence de presse en début d’après-midi à 13h pour fournir plus de détails sur cette attaque.

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