Kylian Mbappé. L’homme seul. «El fracaso», titre à son propos le quotidien sportif Marca au lendemain du grand soir de l’équipe suisse de football, qui a sorti les Bleus de cet Euro intense au terme d’un match d’anthologie lundi soir à Bucarest, conclu sur tirs aux penaltys. Cinq à 4 pour la Nati. Les médias espagnols ont suivi cette rencontre avec grand intérêt, puisque la Roja devra maintenant affronter la formation helvétique ce vendredi à 18h à Saint-Pétersbourg, en quarts de finale. Et s’en méfier, donc.

Sur ce #FRASUI, il faut encore lire:

L’autre média ibérique spécialisé en foot, As, est plus lyrique, qui estime que «le football est fait d’histoires uniques, de scénarios imprévisibles, de résultats imprévus. Ce match entre pleinement dans le catalogue des rencontres épiques et magiques, dont la fin n’aurait pu être plus dramatique. […] Incroyable, anthologique, mais réel. Tout ce qu’on a vu était une succession d’événements et de pirouettes, une montagne russe d’émotions pour se réconcilier à jamais avec le football. La France a été touchée, elle a ensuite ressuscité et s’est finalement mortellement blessée comme la grande championne qu’elle est.»

L’homme de la soirée, c’est évidemment Sommer, comme le décrète le Kicker Sportmagazin allemand. Alors qu’en Italie, la Gazzetta dello sport et Tuttosport usent tous deux du même adjectif: «clamoroso», retentissant en français, pour décrire à la fois le succès helvétique et l’élimination des Français. L’Equipe, de son côté, en veut au coach des Bleus: «Didier Deschamps ne montrait pas déjà une grande sérénité depuis le début du rassemblement en changeant de système quasiment d’un match à l’autre. Là, il a innové en modifiant trois fois en quarante-cinq minutes»…

… Ce qui veut dire au pire qu’il était perdu, au mieux qu’il s’était trompé, même si les deux ne sont pas incompatibles

«La Suisse est revenue de nulle part», écrit pour sa part Le Figaro. Après avoir peut-être pris un peu rapidement ses désirs pour des réalités. Car voici ce qu’on a vu apparaître pendant un moment sur son site:

«Pour sortir cette équipe de France, il fallait tout de même du mental, poursuit le quotidien français, et cette équipe suisse en a fait preuve. […] On aurait pu la croire assommée, sauf qu’au prix d’efforts monumentaux, elle est revenue de 1-3 à 3-3 en dix minutes. Avant de résister, puis de faire la différence dans la fatidique séance de tirs au but. Annoncée perdante par beaucoup d’observateurs, cette Suisse a déjoué tous les pronostics.»

Le site de BFMTV et RMC a fait sa propre revue de presse. Elle nous dit que les médias n’en reviennent «pas du scénario fou qui a permis à la Suisse d’éliminer la France […]. La perte d’un concurrent pour le titre ravit les médias italiens et belges notamment. Vu de France, l’élimination des Bleus en huitième de finale de l’Euro risque de mettre un certain temps à cicatriser […] après cet exploit retentissant qui offre un premier quart de finale d’une grande compétition à la Nati depuis le Mondial 1954.»

«La défense française s’est brûlée face aux Suisses, analyse Le Parisien. Du début à la fin et dans n’importe quel schéma de jeu. Hugo Lloris avait prévenu ses troupes: «Quand on met une équipe en place, la clé de la réussite tient en notre capacité à faire les efforts aussi bien individuellement que collectivement. C’est à nous d’animer tout ça, avec ou sans ballon.» Ça a été tout le contraire pour la ligne défensive française. […] Le schéma tactique n’influera jamais sur l’envie et la discipline. D’abord déséquilibrés par un système bancal, les Bleus ont ensuite fait preuve d’une assurance et d’un manque d’agressivité interdits pour un collectif aussi expérimenté. […] Bref, rien ne va ou presque»…

… Pour bien défendre, il faut le faire à onze. La leçon devra être retenue

«Quel coup!» s’exclame le Tages-Anzeiger, à Zurich. «Aucun Suisse n’a davantage parlé de grands objectifs ces jours-ci que Granit Xhaka. Son message était: «Nous voulons faire l’histoire. Et surtout: nous en sommes capables.» Il a même parlé du titre. […] La Suisse devait gagner un match à élimination directe, et elle l’a fait pour la première fois par une chaude soirée à Bucarest. Pas contre n’importe qui, pas contre une équipe de réputation modeste, mais contre la France, championne du monde et grande favorite du tournoi. Et pas seulement d’une manière ou d’une autre, mais lors un match incroyablement fou»…

… C’est une autre raison pour laquelle cette victoire est plus qu’une simple victoire

C’était «le Woodstock du foot, pour Libération. Une invraisemblable séquence de liberté où deux équipes que tout sépare, le palmarès, la reconnaissance, le statut des joueurs et le reste, ont communié dans une sorte de grand-messe du ballon. Où ceux qui ont gagné ont perdu, avant de regagner, puis de reperdre, puis… […] Les fragilités défensives que l’on pressentait jusqu’ici se sont vues en grand. Le jour où, ironiquement, ses attaquants ont enfin évolué au niveau où on les présumait depuis le rappel de Karim Benzema à la mi-mai. C’est Kylian Mbappé qui a raté le seul tir au but de la série. En grand garçon: il y est allé en dernier, conformément à l’idée qu’il se fait de son standing et de sa place dans ce genre de match.» Dur.

Le Soir de Bruxelles, enfin, accumule les adjectifs: «Incroyable, invraisemblable, irrespirable… Les deux huitièmes de finale prévus au programme de lundi soir ont été tout aussi échevelés l’un que l’autre. […] Décidément, cet Euro semble défier toute logique. Et après l’élimination surprise des Pays-Bas samedi puis l’éviction du Portugal de Cristiano Ronaldo, tenant du titre, dimanche, c’est un nouveau favori qui est passé à la trappe. […] Lorsque l’émotion de cette folle soirée sera retombée, l’histoire retiendra que Deschamps s’est trompé dans ses choix initiaux.»

«Sortie par la petite porte», «Ils se sont vus trop beaux», «Un bilan terrible»: on jettera un coup d’œil pour terminer à La Libre Belgique qui a lu une «presse française remontée contre les Bleus»… Et encore à L'Equipe, qui cite également plusieurs journaux européens dont le St. Galler Tagblatt qui ose un: «Nous sommes Astérix!» 


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