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Sortir du nucléaire, c’est privilégier les renouvelables, comme le photovoltaïque, comme ici à Oerlikon (ZH).
© Christian Beutler/Keystone

Revue de presse

Pour les médias, avant la fin du nucléaire en Suisse, il y aura des temps difficiles

Pour les éditorialistes, le oui de dimanche à la stratégie énergétique 2050 est «une bonne nouvelle», qui s’accompagnera néanmoins de sacrifices

Les médias suisses se réjouissent, ce lundi, de la «bonne nouvelle» sortie des urnes dimanche, qui valide par 58,2% des voix la stratégie énergétique du Conseil fédéral, emmené par la présidente de la Confédération, Doris Leuthard. Ils notent cependant que le chemin choisi «ne sera pas un long fleuve tranquille» et nécessitera non seulement de gros efforts, mais aussi des sacrifices.

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La raison l’a emporté, estime par exemple La Liberté, mais «l’histoire s’écrit au futur pas si simple», prévient-elle. La peur attisée par les opposants à la stratégie énergétique «tout au long d’une campagne électrique» n’a pas payé. «Au final, c’est l’UDC qui a pris la douche froide qu’elle promettait au peuple. Ses estimations farfelues quant au coût réel de la réforme ne constituaient qu’un écran de fumée visant à masquer l’absence de solutions alternatives sérieuses.»

L’éolien aura en effet «du mal à déployer ses pales compte tenu de la farouche hostilité des protecteurs de la nature. Par ailleurs, pour assurer son approvisionnement, y compris en hiver, la Suisse risque de devoir importer du courant «sale» (nucléaire, gaz) tant qu’elle n’aura pas résolu ses problèmes de stockage», ajoute le quotidien fribourgeois.

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Le Quotidien jurassien prévient d’ailleurs que, si «les Suisses atomisent le nucléaire», cela revient à dire qu’ils ne pourront «pas exploiter indéfiniment les réacteurs actuels, qui prennent de l’âge, donc deviennent toujours plus imprévisibles. Ce oui est un cadeau pour les générations futures […]. D’ailleurs, un jour peut-être, la société pourrait bien en vouloir amèrement à ceux qui ont osé» s’y lancer au XXe siècle «sans avoir une solution sûre pour le traitement des déchets atomiques». Mais «il ne sera pas aisé pour la Suisse d’organiser cette nécessaire transition énergétique. Atteindre l’objectif demandera une politique volontariste des pouvoirs publics à tous les échelons, notamment en matière d’aides financières aux assainissements.»

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«La mise en œuvre de la transition énergétique ne sera pas un long fleuve tranquille», mais c’est «aussi une formidable chance, car la production locale d’énergie et l’assainissement des bâtiments vont permettre de générer nombre d’emplois», se réjouit pour sa part le Journal du Jura, jugeant que ce scrutin est aussi un «camouflet pour l’UDC», où «l’heure était plutôt aux grimaces, hier», constate Le Nouvelliste. Car «les Suisses n’ont pas cédé au chant anxiogène des sirènes du comité référendaire», qui «avait pourtant sorti la grosse artillerie pour effrayer les citoyens», faisant référence à ses affiches présentant une dense forêt d’éoliennes devant le Cervin ou celle d’une femme grelottant sous une douche.


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«La propagande catastrophiste et parfois délirante de l’UDC a bu un sacré bouillon. Tant mieux», renchérit Le Courrier de Genève, ajoutant que la sortie du nucléaire est une «bonne nouvelle» et que «le développement des énergies renouvelables s’impose par lui-même». «Tout reste à faire, bien sûr, mais cette votation marque un virage important. Et permet, sinon d’anticiper, du moins d’intégrer des contraintes environnementales qui, de toute manière, finiront par s’imposer. Ce qui est fait n’est plus à faire. La question climatique devient de plus en plus urgente.»

Même avis dans L’Agefi, pour laquelle «l’UDC a échoué à couler un paquet accusé d’être trop onéreux. Allié à une forte minorité PLR et à une partie de l’économie, le parti a dénoncé en vain «une arnaque» irréalisable qui menace le bien-être et le porte-monnaie des Suisses. Les citoyens devront débourser 40 francs par an et par ménage pour soutenir les énergies alternatives. La stratégie énergétique veut encourager la production locale et permettra de créer des places de travail en Suisse. Elle constitue aussi une réponse aux changements qui touchent le monde de l’énergie avec la chute des prix de l’électricité, selon la conseillère fédérale Doris Leuthard.»

La Tribune de Genève et 24 heures font, eux, leurs éditoriaux sur une votation cantonale au bout du lac et l’élection au gouvernement à Lausanne. Aussi commentent-ils la votation énergétique à l’intérieur seulement, en insistant sur le fait que «le combat d’arrière-garde mené par le lobby nucléaire s’est soldé par un cinglant échec. Même si l’on a pu sentir le souffle de l’histoire durant les débats de campagne, une page s’est bel et bien tournée hier.»

«Le mouvement doit s’accélérer»

Il faut donc «maintenant écrire le prochain chapitre, ajoutent-ils, celui des énergies renouvelables. Le mouvement est en marche depuis une quinzaine d’années, mais il doit s’accélérer. Si personne ne croit à une Suisse piquetée d’éoliennes sur toutes les crêtes du pays, l’opposition systématique aux rotors ne peut plus être la règle. Même chose pour l’efficience énergétique, qui doit diminuer par deux notre consommation d’énergie. Aux propriétaires de profiter du coup de pouce financier de la Confédération.»

Quant au Matin, dans sa version imprimée, il en conclut qu'«au final, le paquet proposé par le Conseil fédéral est si vaste que chacun y puisera l’argument qui l’arrange». En attendant, «nous voici avec une feuille de route. A reculons, car elle ne fixe aucune date butoir à la fermeture des installations» atomiques. Et ne résout pas le problème des «défenseurs du paysage [qui] sortent un peu affaiblis par ce vote». «Une ferme solaire ou une éolienne par-ci par-là»? «L’esprit de clocher», lui, n’est «pas du tout» affaibli.

Outre-Sarine

La Neue Zürcher Zeitung est plus sévère, qui prévoit déjà que «la stratégie du Conseil fédéral ne réussira pas, parce que les points sensibles et cruciaux n’y sont pas abordés, et encore moins réglementés»: «C’est de la poudre aux yeux» Et cette «loi sur l’énergie représente un nouvel avatar» de la «politique agricole». «Tout comme nous n’avons pas réussi à rendre les agriculteurs suisses plus concurrentiels», il y aura de nouveaux «chasseurs de subventions» dans ce pays.

Mais «c’est un pas important, d’autres doivent suivre», pour le Tages-Anzeiger. La décision du peuple, très influencée par Fukushima, est «réfléchie», mais «timide». Beaucoup de questions restent «ouvertes». Si «l’électorat a montré la voie à suivre pour un avenir énergétique qui sera plus sûr et plus respectueux du climat, il n’y a aucune certitude sur l’évolution du marché de l’électricité, et celui-ci peut être fort bouleversé durant ces années à venir».

Outre-Gothard

Selon le Corriere del Ticino, enfin, constatant qu’après le texte des Verts sur une sortie rapide du nucléaire refusé par 54% des Suisses en novembre dernier, «il restait à préciser si ce rejet devait être lu comme un soutien inconditionnel aux centrales atomiques ou s’il s’agissait d’une préférence pour son abandon progressif, sans étapes forcées. Le vote sur la stratégie 2050 a dissipé les doutes.» Chi va piano, va sano.

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