Revue de presse

Les médias fustigent le «mur de la honte» de Donald Trump

Il y a bien peu de raisons de défendre les barricades protectionnistes que le nouveau maître de la Maison-Blanche veut ériger à la frontière mexicaine. Fâché, le président Enrique Peña Nieto vient d’annuler sa visite prévue à Washington

Jamais à court d’idées, le nouveau président américain, Donald Trump, envisage, entre autres possibilités, la mise en place d’une taxe sur les produits mexicains pour financer la construction de son mur à la frontière sud. De quoi relancer, jeudi, la tension entre les deux voisins. Eu égard à cette promesse emblématique du magnat de l’immobilier durant sa campagne – qui va de pair avec la renégociation de l’accord de libre-échange Aléna entre Etats-Unis, Canada et Mexique – il y avait aussi de quoi fâcher le président mexicain, Enrique Peña Nieto: il vient d’annuler sa visite à Washington, qui était prévue dans moins d’une semaine.

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Le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, a évoqué jeudi après-midi à bord de l’avion présidentiel, Air Force One, la mise en place d’une taxe de 20%. Une proposition parmi d’autres et un projet fiscal qui n’est que la pointe de l’iceberg selon le magazine Forbes, alors que Donald Trump a promis que Mexico finirait par payer pour le mur, d’une manière ou d’une autre. Ce à quoi le ministre mexicain des Affaires étrangères, Luis Videgaray, a répondu lors d’une conférence de presse à Washington que ce n’était «pas négociable».

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Alors, au Royaume-Uni, dont la première ministre, Theresa May, sera en visite ce vendredi à Washington, The Evening Standard déplore le signal donné. Traduit par Eurotopics, son article voit avec évidence qu’il «n’y a pas de symbole plus puissant que la construction d’un mur», une initiative qu’il qualifie de «rétrograde», parmi le «grand nombre» de promesses de campagne auxquelles Trump «aurait dû renoncer». Le hashtag dédié à la cause, désormais, c’est: #NoBanNoWall.

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D’ailleurs, «il y a un certain scepticisme vis-à-vis de ce projet», à commencer par celui du secrétaire à la Sécurité intérieure, le général à la retraite John Kelly, par exemple. «Lors de son audition au Sénat, il a affirmé que le mur ne serait pas construit de sitôt», précise en République tchèque Hospodářské noviny, «une opinion étonnamment divergente de celle de son patron» mais cohérente avec «le mot d’ordre des républicains au Congrès […] de réduire les dépenses», comme le rappellent les Dallas Morning News. A ce sujet, même une vedette mexicaine du cinéma est sortie de ses gonds:

L’ancien président, Vicente Fox Quesada, semble être d’accord avec lui et donne lieu à un vigoureux échange sur Twitter, que raconte El Periódico de Catalunya. Dans un autre article, le quotidien barcelonais pointe ce que Trump «et sa clique» ne comprennent pas dans cette affaire: «Les murs n’arrêtent pas les réfugiés en quête d’un avenir meilleur» et «seule l’ouverture peut être un gage de réussite, et non des sociétés qui mijotent dans leur propre jus». Et autrefois, «si la politique migratoire des Etats-Unis avait été aussi restrictive […], un couple originaire de Kallstadt (Allemagne) et une femme écossaise n’auraient jamais pu s’y installer, et celui qui est respectivement devenu leur petit-fils et fils ne serait pas à la Maison-Blanche aujourd’hui.»

Le projet est «irréaliste», chargé de «sous-entendus racistes» et «inutiles», s’offusque Courrier international, qui relaie l’opinion des médias de Californie, du Texas ou de l’Arizona. Pour le San Francisco Chronicle, Trump a «décidé de suivre son obsession […] de l’immigration clandestine en dépensant des milliards de dollars […] et en s’en prenant aux villes sanctuaires qui protègent les clandestins». Une «décision démagogique» et une sorte de «vengeance contre les Etats qui n’ont pas voté» pour lui.

Une décision, aussi, «qui ouvre une immense fissure entre les deux pays», se lamente El País à Madrid: le problème migratoire «existe à peine» et «les Mexicains sortant des Etats-Unis sont plus nombreux que ceux qui y entrent». Ce sont «les fantasmes du passé» qui «émergent de nouveau» – voir «l’annexion de territoires mexicains par les Etats-Unis en 1846 et l’occupation de Veracruz en 1914». Résultat: «La Maison-Blanche a humilié publiquement» ses voisins et leur président, «qui alerte sur les conséquences économiques et politiques que pourrait subir le Mexique, déjà au bord de l’explosion sociale».

Aux yeux du Los Angeles Times, les décrets trumpiens représentent des «étapes draconiennes qui vont transformer la frontière en forteresse, déchirer des familles et des communautés entières et affecter des pans entiers de l’économie qui dépendent du travail clandestin». Tandis que l’Arizona Daily Star republie sur son site une enquête de juillet 2016, où il apparaît qu'«à la frontière, côté américain, personne ne pense qu’un mur puisse être la solution. Les gens pensent certes qu’il faut des barrières, […] et des agents supplémentaires, ainsi que davantage de technologies de surveillance […] Mais surtout de nouvelles mesures pour que les migrants puissent entrer légalement sur le territoire américain et y travailler.»

Un «chauvinisme grotesque»

Les «unes» de la presse mexicaine sont également explicites, parlant d'«humiliation», mais aussi de «soutien unanime» de la population pour son président, envers qui les Etats-Unis «manquent de respect», souligne El Mercurio. L’éditorialiste du jour de La Jornada, lui, est bien obligé de constater que «sur la forme et sur le fond, l’agressivité du président américain Donald Trump envers le Mexique s’accentue jour après jour». Et dire que ce «chauvinisme grotesque et l’hostilité du magnat de New York, ses manières grossières et son arrogance» vont durer quatre ans!

Et d’ajouter que «si nous n’agissons pas avec la fermeté requise, la délégation mexicaine arrivera dans une situation de faiblesse extrême à la renégociation de l’Aléna», dans «des conditions plus défavorables pour le Mexique qu’elles ne le sont déjà». Ainsi, il est «essentiel» mais aussi «urgent de concevoir un nouvel horizon pour le développement national». L’attentisme ne paiera pas: il faut dès maintenant, répète le journal de Mexico, «mettre en place une stratégie cohérente pour faire face à l’hostilité, à la grossièreté et l’arrogance du gouvernement voisin».

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