Revue de presse

Les médias interloqués par la séparation des familles de migrants aux Etats-Unis

En cinq semaines, plus de 2300 enfants ont été séparés de leurs parents, majoritairement originaires d’Amérique centrale et accusés d’avoir traversé illégalement la frontière avec le Mexique. Même les républicains s’en indignent

Tenant le cap malgré le déluge de critiques, Donald Trump revendique sa politique de «tolérance zéro» aux frontières, appelant ses amis républicains à avancer sur une vaste réforme de l’immigration qui mettrait fin aux séparations des familles de clandestins tout en finançant son mur avec le Mexique. Une fois la frontière franchie, les migrants clandestins sont en effet séparés de leurs enfants, dont certains sont hébergés dans des camps provisoires, pendant que leurs parents sont détenus en prison. «Les démocrates, mais aussi une partie des républicains ainsi que la First Lady, Melania Trump, ont réprouvé cette pratique.»

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Les éditorialistes n’en pensent pas moins, à en croire la recension faite par le site Eurotopics. Il s’agit d’enfants âgés de 4 à 10 ans. Dans l’enregistrement publié par le média d’investigation américain ProPublica ce lundi et repris par Le Monde, on les voit pleurer en appelant leurs parents. Dans ce centre de surveillance des frontières américaines, on entend même un agent qui en plaisante: «Nous avons un orchestre ici.»

De facto, «les parents ne se sont pas rendus coupables de quelque délit que ce soit, ils sont incarcérés pour être illégalement entrés sur le territoire, fait remarquer le site du journal britannique The Independent. L’innocence de leurs enfants, en revanche, est indéniable. Ils sont tous victimes d’un traitement que la Constitution américaine qualifie de sanction cruelle et exceptionnelle. Il n’est pas exagéré de la considérer comme une forme de torture mentale. Par centaines, ils sont détenus dans des centres commerciaux ou des entrepôts désaffectés.»

Sous le feu des critiques, Donald Trump a trouvé la parade: il impute aux démocrates la responsabilité des rudes mesures qu’il préconise aujourd’hui, en faisant valoir que «la loi prescrivant la séparation des enfants de leurs parents a été votée par les démocrates». De Volkskrant dénonce ce tissu de mensonges: «C’est du Trump tout craché: bien évidemment, les autres sont en faute. Bien qu’il n’existe aucune loi qui oblige de séparer les enfants de leurs parents, que Trump ait osé faire une chose qu’aucun président avant lui n’avait osé faire, bien qu’il juge impératif de décourager les demandeurs d’asile, les candidats au bonheur et autres réfugiés, il n’a pas le cran d’assumer la paternité de sa politique.»

«Il est indéniable qu’il agit sur une base législative» qui existait avant l’arrivée du tycoon au pouvoir. «Mais aucun de ses prédécesseurs, ni Obama ni Bush, n’aurait osé prendre pareille mesure.» Ces séparations sont pourtant la conséquence de la politique de «tolérance zéro» adoptée depuis le mois d’avril par le ministre de la Justice, Jeff Sessions, partisan d’une ligne dure sur l’immigration. Le Monde confirme que «par le passé, les familles de sans-papiers pouvaient compter sur la mansuétude des autorités, compte tenu de l’impossibilité d’emprisonner les enfants avec leurs parents».

Pendant ce temps, «les élus républicains se distinguent par leur silence assourdissant», dénonce un chroniqueur du Washington Post (WP) dans un article repéré par Courrier international. «Jusqu’à présent, le trumpisme n’avait pas fait de victimes. Du moins pas de victimes concrètes.» Mais maintenant, il s’attaque aux enfants, après «ses attaques fielleuses contre la presse […], les gens de couleur qui viennent de pays de merde et qui n’ont rien à faire aux Etats-Unis», sans compter l’opposition démocrate «et ses autres cibles préférées».

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Silence assourdissant? Ce n’est plus vrai depuis ce mardi, puisque «le sénateur républicain de l’Utah, Orrin Hatch, a cosigné une lettre avec onze de ses collègues du GOP, demandant à Jeff Sessions, le procureur général des Etats-Unis […] de stopper la séparation des familles jusqu’à ce que le Congrès vote une nouvelle législation», rapporte Libération:

Son collège de l’Ohio, Rob Portman, a ensuite «enfoncé le clou»: «Je m’oppose à la politique de l’administration Trump de séparer des enfants de leurs parents. Cela va à l’encontre de nos valeurs.» Par ailleurs, dans une tribune publiée par le WP, l’ex-première dame Laura Bush a, elle, parlé de politique «immorale» et «cruelle». «De nombreux leaders religieux sont même montés au créneau. Et notamment des représentants évangéliques, soutiens traditionnels du président Donald Trump, qui ont qualifié d’«indigne» cette politique de séparation.»

«En cinq semaines, poursuit Libé, plus de 2300 enfants ont été séparés de leurs parents, majoritairement originaires d’Amérique centrale (Honduras, Guatemala, Salvador), accusés d’avoir traversé illégalement la frontière avec le Mexique.» Et si cela crée «une tempête» même «sous les crânes républicains», c’est que cette politique oppose «deux valeurs cardinales de l’idéologie conservatrice américaine: la lutte contre l’immigration illégale et la famille.»

Jeff Sessions justifie en effet «les séparations de familles de sans-papiers en citant la Bible», explique la RTS. La semaine dernière, il a déclaré, texto: «Je pourrais vous renvoyer à l’apôtre Paul et à son commandement clair et sage […] qu’il faut obéir aux lois du gouvernement car Dieu les a décrétées afin d’assurer l’ordre.» Et la cheffe des démocrates à la Chambre, Nancy Pelosi, lui a rétorqué «que la question pourrait être réglée en une minute s’il y avait un effort sincère. Il s’agit d’une action exécutive du ministre de la Justice. Elle peut être modifiée juste comme ça.»

Pire, selon le site d’information TheDailyBeast.com, «des entreprises privées qui travaillent pour le gouvernement américain» sont en fait payées pour aider l’office américain des réfugiés à placer les enfants «dans des refuges ou des familles d’accueil». Il n’y a pas de petit profit.

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