Ce mercredi aux Pays-Bas, le premier ministre libéral, Mark Rutte, semble donc avoir facilement battu son rival d’extrême droite, Geert Wilders, aux élections législatives. Au grand soulagement de l’Europe: «La chancelière Merkel a félicité par téléphone» le vainqueur, a indiqué sur son compte Twitter son porte-parole, Steffen Seibert: «Je me réjouis de poursuivre une bonne collaboration en tant qu’amis, voisins, Européens»:

Car Bruxelles avait «les yeux rivés sur les Pays-Bas, qui ouvrent le bal en cette année riche en élections», en attendant de savoir quel serait le score de Wilders et quel rôle jouerait le bras de fer actuel entre La Haye et Ankara, selon le site Eurotopics, qui agrège quelques intéressants articles parus ces jours derniers en Espagne, en Turquie, en Belgique et en Suède. A Stockholm, Aftonbladet y voyait notamment un «choix entre les valeurs et les ténèbres», mais les commentateurs, comme le montre très bien la revue de presse de l’ambassade de France à La Haye, étaient unanimes pour dire que ces élections allaient avoir un impact sur «le continent entier».

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Mais «la victoire populiste n’a pas eu lieu», respire un peu mieux Courrier international. Mark Rutte a donc «le droit de continuer», se réjouit aussi le Nederlands Dagblad, le quotidien des protestants: «Malgré une perte de huit sièges, le premier ministre sortant est arrivé en tête» et «comme le prévoyaient les derniers sondages, le PVV de Geert Wilders n’a pas réalisé la victoire qui lui avait été pourtant pronostiquée pendant des mois», celle qui «aurait fait trembler toute l’Europe»:

A ce propos, l’analyse du NRC Handelsblad, de tendance libérale voire élitiste, est claire, c’est «un signal pour l’Europe»: «Certes Wilders gagne quelques sièges, mais cette «victoire» est en réalité une défaite» que la coqueluche peroxydée des eurosceptiques européens doit à «son refus orgueilleux de mener campagne», tant il était sûr de lui avant que les derniers sondages le donnent en sérieuse baisse. Au centre gauche, De Volkskrant est plus pessimiste: «La révolte populiste existe bel et bien, et elle se poursuivra.»

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De plus, le pays ressort de ces élections très fragmenté et il sera difficile pour Mark Rutte de monter une coalition majoritaire stable, apte à gouverner, estime l’Algemeen Dagblad: le défi est «complexe» dans ce «puzzle» avec lequel il faudra composer, écrit le Het Financieele Dagblad. Le quotidien financier relevait d’ailleurs mercredi «que la presse étrangère s’était massivement déplacée pour couvrir les élections néerlandaises en raison d’une prétendue montée de Geert Wilders qui, pour les médias internationaux, relève de la même catégorie que le référendum sur le Brexit et la victoire du président Trump.»

Mais «pour la deuxième fois, après l’Autriche, un pays européen administre la preuve que la montée des populistes n’est pas inexorable», selon Le Soir de Bruxelles. De plus, dans la crise diplomatique entre les Pays-Bas et la Turquie, beaucoup de politiciens européens «ont fait l’éloge de la fermeté néerlandaise». Cela a payé, malgré les fanfaronnades strasbourgeoises d’une Marine Le Pen, par exemple, aujourd’hui renvoyée au vestiaire:

Pour l’heure, Geert Wilders, arrivé deuxième, a déclaré benoîtement à la presse: «Si cela est possible, j’aimerais cogouverner.» Solide, le cordon sanitaire formé par toute la classe politique autour de son parti fait que pour construire une majorité, «quatre partis seront nécessaires» précise Sudinfo. Il est cependant certain que Rutte se tournera «vers le centre», notamment le parti écologiste qui quadruple la mise, juge le très religieux mais œcuménique Trouw. Lequel constate que «les modérés» de droite ont fini par l’emporter parce qu'«il n’y a pas de place, dans ce pays, pour l’extrémisme», même si une forme de «faux populisme» y a «pris racine».


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