Revue de presse

Les médias s’alarment: la démission de Jim Mattis pourrait mener au chaos

Déshonoré par la Maison-Blanche, le chef du Pentagone jette l’éponge. On peut le comprendre. Mais il laisse un vide de taille, affolant, dans la sécurité nationale et internationale. Une nouvelle preuve de la dangereuse incompétence de Donald Trump

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a donc décidé maintenant de retirer un nombre «important» de militaires américains présents en Afghanistan, a indiqué jeudi à l’AFP un responsable américain: environ la moitié des 14 000 soldats, selon le Wall Street Journal et le New York Times. Ce, au lendemain de l’annonce du retrait des troupes stationnées en Syrie, qui a conduit jeudi le ministre de la Défense, Jim Mattis, à présenter sa démission.

C’est mardi que Donald Trump a pris cette décision – que beaucoup d’observateurs interprètent comme une volonté d’économies – soit le même jour où il a annoncé au Pentagone ses intentions concernant le front syrien.

Cela paraît maintenant clair: ces deux décisions, prises de manière unilatérale par la Maison-Blanche, contre l’avis d’une grande partie de l’administration et des conseillers du président, sont susceptibles d’avoir des conséquences géopolitiques majeures dans les régions concernées. Jim Mattis, selon France 24, a lui-même «récemment prévenu qu’abandonner les Kurdes [en Syrie] entraverait les futurs efforts américains pour gagner la confiance de combattants locaux dans le cadre d’opérations de lutte contre le terrorisme». Comme en Afghanistan, comme au Yémen, comme en Somalie. Les médias parlent simplement de «catastrophe».

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Dans ce contexte explosif, peut-on lire sur Courrier international, le fait que «Mattis claque la porte du Pentagone» inquiète comme jamais la presse américaine, car «cette figure respectée sur la scène internationale […] incarnait une forme de stabilité», un interlocuteur «adulte».

«Mattis savait bien» qu’en matière de politique étrangère, Donald Trump se souciait peu de «coopération» internationale, analyse The Atlantic. «Il l’a supporté tant qu’il a pu, en espérant à chaque fois limiter les dégâts. Mais lorsque Trump a rompu la promesse qu’avait faite l’Amérique aux Kurdes syriens, il a du même coup sali l’honneur de Jim Mattis. Et cela, apparemment, ce dernier n’était pas prêt à l’accepter», tout comme il était opposé à un possible retrait d’une partie des troupes présentes en Afghanistan.

L’annonce de sa démission a donc «choqué les responsables du Pentagone», raconte le New York Times. L’information a aussi suscité des réactions de «déception», de «tristesse» et même de «peur» – «shaken, disappointed, saddened and scared» – ce tant du côté démocrate que républicain, note la chaîne d’info CNN. «Jim Mattis laisse un vide de taille au sein de l’appareil de la sécurité nationale», qui «pourrait mener à encore davantage de chaos dans les mois à venir», renchérit le Washington Post.

«Le retrait des troupes américaines de Syrie», au final, «est une aubaine pour Poutine et l’Iran et une très mauvaise nouvelle» pour tous les autres. «C’est aussi, pour Trump, une nouvelle manœuvre de diversion», estime le New York Times dans son éditorial du 19 décembre, relayé par Courrier international. «Il n’y a pas trois mois, le conseiller à la Sécurité nationale John Bolton annonçait un élargissement des objectifs militaires pour les troupes américaines en Syrie. Le but n’était plus seulement de vaincre l’Etat islamique, il fallait également obtenir le retrait des forces iraniennes de Syrie, avait-il déclaré dans ce qui ressemblait alors à l’expression ferme d’une politique officielle.»

«Sauf que, comme cela se produit souvent sous la présidence chaotique de Donald Trump, ce n’était apparemment pas le cas.» Car celui-ci «a brutalement court-circuité son conseiller ainsi que tous ses collaborateurs et ordonné le retrait. […] Cette décision aussi soudaine que dangereuse, détachée de tout contexte stratégique ou justification publique, crée de nouvelles incertitudes quant à l’engagement des Etats-Unis au Moyen-Orient, leur volonté d’être un acteur efficace.»


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