Revue de presse 

Les médias s’en donnent à cœur joie dans le «Sarkozy bashing»

La presse n’est pas tendre avec #Monsieur Bismuth, soit l’ex-chef de l’Etat français, qui va devoir aller en correctionnelle. Elle espère cependant que la justice fera preuve de discernement

Pour la première fois sous la Ve République, un ancien président français sera donc jugé pour corruption: la justice a définitivement validé le renvoi de Nicolas Sarkozy, 64 ans, devant le Tribunal correctionnel dans l’affaire dite des «écoutes». C’est que la Cour de cassation a rejeté mardi les derniers recours formés par l’ancien chef de l’Etat, son avocat et ami Thierry Herzog et l’ex-haut magistrat Gilbert Azibert, qui tentaient d’éviter un procès, Celui-ci aura tout de même lieu, il «n’y coupera pas», résume L’Obs.

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Certes, ironise Le Républicain lorrain – qui trouve comme la majorité des médias l’occasion trop belle pour ne pas se lâcher – «il y a une vie après la politique». Consistant ici dans «l’aveuglement de ceux qui, louant l’«autorité morale» de «Sarko», s’évertuent encore ces jours-ci à lui dérouler le tapis rouge, comme ultime planche de salut à une droite en capilotade»; une droite qui «se cherche un leader qu’elle n’a pas», précise Midi libre, à l’enseigne de «#Monsieur Bismuth». «Ceux qui espéraient un retour aux affaires au sein de LR repasseront. La page Sarkozy en politique se tourne par ses propres turpitudes mêlant confusion des genres et excès de pouvoir.» Pour Mediapart, «c’était sa dernière cartouche procédurale», c’est raté.

Mais qu’est-ce qu’on lui reproche? D’avoir soudoyé un haut magistrat de la Cour de cassation, contre une promesse mirifique de poste à Monaco: «Un jour sans doute», poursuit le quotidien de Metz, ses démêlés judiciaires «cartonneront sur Netflix»! Car «cette rocambolesque affaire […], où l’on découvre le président usant de l’alias Paul Bismuth pour masquer des appels avec une carte prépayée, avait incité le parquet national financier à comparer les méthodes de l’impétrant à celles d’un «délinquant chevronné». Au moins aura-t-il échappé au qualificatif de Pied nickelé.»

Pour le moment. Car s’il «encourt jusqu’à dix ans de prison dans cette affaire, ce n’est pas le seul dossier» qui attend l’ex-chef de l’Etat, rappelle RTL, comme tous les médias: «Une fois qu’il aura été jugé pour les «écoutes», il lui faudra sans doute affronter un autre procès, celui de Bygmalion. Il y est mis en examen pour le financement illégal de la campagne présidentielle de 2012.» Le Télégramme est, pour cette raison précisément, prudent: «Les termes de «corruption» et de «trafic d’influence» sont employés dans les réquisitions du parquet national financier […] dans une affaire de moindre importance.»

Pour le quotidien de Morlaix, «on ne saurait traîner un ancien chef d’Etat devant les tribunaux sans mesurer les conséquences que cela peut avoir. Cela s’est fait aussi dans d’autres pays. Au Brésil, par exemple, même si «Sarko» n’est pas Lula. Les conséquences politiques n’y ont pas tardé, aux dépens d’une certaine idée de la démocratie. Et on a vu ce qu’il en était des arrière-pensées du juge qui s’était affublé de la tunique du justicier, devenu ministre de la Justice du président d’extrême droite. Voilà pourquoi on attend de notre magistrature, qui n’a pas toujours été héroïque, qu’elle fasse preuve de discernement, pour Nicolas Sarkozy comme pour tous les autres justiciables.»

Même approche dans Le Dauphiné libéré qui, après avoir ri de la manœuvre ici incriminée – «obtenir des renseignements sur l’instruction en cours, à propos du présumé «financement libyen» de sa campagne électorale, tu me «tuyautes» et j’assure ta promotion – prévient qu’il ne faudra pas «trop vite conclure» à une culpabilité. «A trois reprises déjà, […] l’ancien président de République a bénéficié d’un non-lieu. […] Blanchi, blanchi et reblanchi!» Mais son nom reste aussi cité dans nombre de procédures gênantes» et «son immunité présidentielle, dans certains cas, continue de le protéger».

Mais 11 affaires, tout de même! (Voir l’excellent résumé du HuffingtonPost.fr, qui énumère celles où il est mis en examen, blanchi, protégé, cité ou victime.) Quand c’est trop, c’est trop. Trop, aussi, au regard de la défense de «Sarko», qui y voit, elle, «un acharnement judiciaire», «comme si les magistrats, que l’ex-chef de l’Etat comparait naguère à des «petits pois», cherchaient à tout prix à lui intenter un mauvais procès», se méfie le journal de Grenoble.

«Le mauvais œil»

Largement de quoi inspirer les sarcasmes d’un blogueur de Mediapart: «Le caractère répétitif de ces affaires est trompeur. Sarkozy a le mauvais œil, franchement pas de quoi en faire un délinquant. J’espère que la justice saura faire preuve de discernement et de mesure, car […] je crains le pire pour lui. Peut-être que j’ai tort et que tout va bien se passer, mais je suis inquiet. N’oublions tout de même pas tous les immenses services qu’il a rendus à la Nation et au peuple français.»

Et de conclure: «Pour ne citer qu’un exemple, il a redonné espoir et goût de vivre à une vieille dame qui commençait à perdre un peu la tête, à Neuilly, seule et isolée dans son hôtel particulier plein de courants d’air. Si ce n’est pas une preuve de sa compassion et de son désintéressement, alors je ne comprends plus rien. Remercions-le une bonne fois pour toutes! C’est à ces grands hommes qu’on reconnaît la France éternelle.»


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