Au lendemain du référendum en Grèce qui «envoie bouler l’austérité» – comme le titre 20 minutes – une image très forte occupe la une de Libération ce lundi matin. On y voit, en contre-jour, Alexis Tsipras le premier ministre, dont on ne distingue pas le moindre trait comme pour en montrer la mystérieuse puissance, encore décuplée par le départ de son ministre des Finances, Yanis Varoufakis. Seuls se dessinent les contours de sa face, tel un éclair d’orage dans un ciel noir qui préfigure la bouteille à l’encre dans laquelle viennent de plonger, tête baissée, les Hellènes. Et en dessous, ce titre, non moins puissant: «Non de Zeus», en lettres capitales.

Et comme Libé aime bien les symboles et les effets de style, son éditorial s’appelle «Odyssée». Sous le regard d’Homère, on y lit que «cet oxi est […] un oxymore… La simplicité, la logique voudraient que le vote de dimanche officialise une rupture nette et franche entre l’Union et son enfant terrible. Les uns veulent qu’on respecte les règles, les autres qu’on les change: c’est le divorce» entre idéalistes et réalistes. Car «entre austérité et décomposition politique, il faut maintenant choisir».

Ce dilemme cornélien apparaît aussi dans la couverture de l’événement que fait le Wall Street Journal. Elle est très exhaustive, avec plusieurs articles consacrés au sujet. Pour dire petit a) que les Grecs se précipitent «dans l’inconnu; petit b) que «la grande victoire de Tsipras pourrait signer sa perte»; que «le mirage économique a masqué une crise profonde»; petit c) que les marchés vont sentir la secousse.

Direction la sortie

Ceux-ci sont déjà passablement «refroidis», à vrai dire. Le sommet de crise est annoncé mardi à Bruxelles. Et pour la Neue Zürcher Zeitung comme pour Le Figaro, il n’y a pas de doute: «La Grèce fait un grand pas vers la sortie de l’euro». Lui qu’on ne soupçonne pas avoir de sympathie particulière pour Syriza clame que «les mises en garde solennelles […] n’y auront rien changé», mais qu’il convient de respecter le choix démocratique.

C’est d’ailleurs ce qu’exige L’Humanité: «Maintenant, respectez le non du peuple grec!» «Oxi. C’est un coup de tonnerre dans l’Europe de l’austérité», se réjouit l’éditorialiste du quotidien communiste français. «Le non lucide, courageux et puissant d’un peuple debout… Une magnifique leçon de démocratie que la Grèce et ses dirigeants ont donnée à l’Europe» et «au-delà».

Un nouveau leurre

N’empêche: «Enfermé dans sa logorrhée et ses raisonnements d’extrême gauche, Alexis Tsipras voudrait croire que son succès politique modifiera les rapports de force et imposera à ses adversaires de rabattre de leurs prétentions. Mais il se leurre, comme il a leurré ses électeurs», ajoute Le Figaro.

A l’opposé, Le Courrier de Genève pense que l’échec patent, concret, des politiques néolibérales et leurs conséquences dramatiques pour la majorité ont eu raison des loyautés politiques traditionnelles et redonné leur liberté aux électeurs. A ce sentiment «de n’avoir rien à perdre», Syriza a su offrir des perspectives, une espérance. Depuis cinq mois, le gouvernement d’Alexis Tsipras, avec un redoutable mélange d’inflexibilité et de pragmatisme, a créé un rapport de confiance, de franchise avec la majorité des Grecs. […] L’Europe n’est déjà plus la même depuis dimanche soir.»

«Moins de bâton, plus de carotte»

Un terme qui revient très souvent dans les titres de une de la presse ce lundi, c’est le «défi». Qu’emploie notamment le Guardian, pour dire que la troïka doit en tirer les conséquences, en maniant «maintenant un peu moins le bâton et un peu plus la carotte». Reste que «les chances de la Grèce de quitter l’euro par erreur sont raisonnablement élevées, comme Leman Brothers a fait faillite par erreur en 2008». Mais que va-t-il se passer maintenant? Même le Financial Times ne le sait pas, qui précise que «la jubilation de dimanche sur la place Syntagma [était] mêlée de crainte».

Même si «ce qui a pu sembler être un vote pour le chaos et la mort d’un système financier national» n’est que «la validation de la fierté et de la défiance grecques», dit le Times de Londres, «c’est maintenant que commencent vraiment les problèmes», aux yeux de la Frankfurter Allgemeine. Et pour l’Europe, «c’est l’heure de vérité», estime El País à Madrid. D’ailleurs pour les Hellènes aussi, qui «ont fait confiance à Syriza pour les sauver, malgré les promesses électorales de ne pas sortir de l’euro», d’après La Stampa de Turin. Ils «risquent de le payer cher», prévient le New York Times.

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