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Un conseiller fédéral très populaire auprès des jeunes, surtout pendant son année de grâce, en 2014, lorsqu'il fut président de la Confédération.
© Peter Klaunzer/Keystone

Revue de presse

Les médias suisses mi-figue, mi-raisin sur le bilan de Didier Burkhalter

Respect pour le Neuchâtelois. Un conseiller fédéral, hypercollégial, hypernormal, dit la presse ce jeudi. Mais les Alémaniques sont les plus critiques vis-à-vis d’un homme pas à la hauteur du leadership qu’il aurait dû endosser aux Affaires étrangères

La fameuse «petite voix intérieure» de Didier Burkhalter lui a donc parlé ce dimanche, a-t-il dit mercredi au Palais fédéral en commentant sa démission. Elle correspond à cet «homme discret, […] qui hait la politique spectacle», selon la Tribune de Genève. Mais après la surprise, la question demeure: «Pourquoi donc ce conseiller fédéral, déjà effacé, s’efface-t-il?» Pourquoi n’a-t-il pas osé avouer qu’il n’était «plus d’accord avec ses pairs sur le dossier européen, rendant vaine son action»? Non, «rien de tout cela»: «Didier Burkhalter s’en va parce qu’il s’est senti porté par une «vague», parce qu’il souhaite écrire «une nouvelle page dans sa vie». Voilà, c’est tout.» Alors, on n’a plus qu’à ressortir les citations célèbres:

Du «détachement», dans le fond. C’est ce que perçoit 24 heures. Et «la politique européenne de la Suisse», il l’a répété mercredi, c’est «l’affaire de tout le collège», même si, «à son poste», le libéral-radical devait en porter «une responsabilité particulière». Cette collégialité, il l’affichait «jusqu’au bout des ongles», et c’est pour cela, écrit La Liberté, qu’il «n’a jamais revêtu la taille patron, […] qu’il n’a en réalité jamais cessé d’être un homme normal». La Neue Zürcher Zeitung (NZZ) estime même qu'«il a entrepris de renforcer» la recherche du consensus au Conseil fédéral. «Mais avec la seule collégialité, cela ne fonctionne pas. Il faut aussi apporter une majorité pour construire des idées.»

Sur ce point, la NZZ pense qu'«on va regretter la puissance créatrice» de Didier Burkhalter, mais que sa démission «offre la possibilité d’un redémarrage» politique sur «la question européenne». Sans doute parce que sa «normalité très helvétique» l’a notamment empêché de s’imposer «comme le chef d’orchestre des difficiles négociations à mener avec l’UE». A partir de là, «il n’avait plus le ressort pour rebondir», selon le quotidien fribourgeois. C’est triste, aux yeux de beaucoup. Séquences émotion, donc:

Mais «ce dossier piège», poursuit 24 heures, «ce gouvernement qui n’a pas vu venir la vague de colère du 9 février 2014» a précipité «le tâtonnement», alors qu’il aurait fallu «un élan commun, une résolution, une dynamique que le démissionnaire n’a pas suffisamment exprimés». Logique, donc, que son départ soit en phase avec cette valse-hésitation, qu’ont renforcé ses «atermoiements privés»: «très personnel, presque mystérieux, déconnecté des stratégies». Mais aussi capable de faire un sacré buzz:

Malgré tout, la presse suisse consultée par l’ATS loue le travail d’équipe d’un conseiller fédéral «qui ne trichait pas avec ses convictions», écrit Le Matin, d’un «homme au service du collectif […] qui a toujours préféré le jeu d’équipe au dribble audacieux», relèvent L’Express et L’Impartial, «la politique des petits pas» aux «annonces tonitruantes sans effets tangibles». En fait, «sa scène préférée» se trouvait ailleurs qu’en Suisse, notamment lors de son année de présidence de l’OSCE en 2014, aux yeux de la Südostschweiz. Des heures prestigieuses, comme au moment du déblocage du dossier du nucléaire iranien, avec la reconnaissance de l’ex-secrétaire d’Etat américain John Kerry:

Cependant, au cœur de cette masse médiatique mi-figue, mi-raisin sur un des derniers conseillers fédéraux «old style», dira-t-on, il y a beaucoup plus sévère, comme le Blick, qui demande: «Didier qui? Même après des années, le conseiller fédéral PLR Didier Burkhalter ne semble pas être entré dans sa fonction […] Sur la scène internationale, il a fait un bon travail. Il n’a seulement pas su expliquer sa politique étrangère en Suisse. Il s’est retrouvé mis à l’écart au Conseil fédéral car il militait pour un accord-cadre avec l’UE dont plus personne ne veut.» Ce fichu accord sur lequel s’est concentré Alain Rebetez de la RTS ce mercredi à Berne:

Le site www.watson.ch n’est pas plus tendre en écrivant que «Burkhalter prend la fuite, laissant derrière lui un grand chantier». Il a certes «fait bonne figure aux Affaires étrangères» avec son «optimisme pénétrant». Mais il souffrait d'«un manque de communication» et «le Conseil fédéral semble avoir perdu patience» avec un de ses membres qui a cependant «très bien servi le pays», a déclaré Pascal Couchepin à la Schweizer Illustrierte. Plutôt positif, donc, comme les commentaires publiés sur Facebook:

Le Bund souligne en effet «sa résistance et son enthousiasme pour se battre pour sa cause, sa capacité à expliquer cent fois, de faire les yeux doux aux sceptiques et de charmer les critiques». Mais le Tages-Anzeiger est aussi assez critique, qui constate que «les plus importants de ses dossiers sont indubitablement des échecs. Le manque de repères palpables du gouvernement en politique européenne est fortement attribuable à un faible leadership.» Il propose une caricature, dont voici un extrait:

Fête-Dieu oblige, beaucoup de quotidiens ne paraissent pas aujourd’hui en terres catholiques dans leur version imprimée et devront rivaliser d’imagination vendredi pour varier leurs commentaires. Ce n’est évidemment pas le cas de la Basler Zeitung, qui titre: «L’homme d’Etat timide». Comme «d’une autre époque» au moment des effets de manches et des invectives d’un Donald Trump. «Poli, intelligent, fin, sensible», il menait une «politique étrangère élégante mais sans contenu». Et «jamais un mot plus haut que l’autre». «Un éthéré», dit en raccourci la Weltwoche. Un chanteur, aussi:

Le Corriere del Ticino ne commente pas, mais martèle qu’après un Burkhalter en «Edith Piaf» entonnant la petite musique de «Je ne regrette rien» (en français dans le texte), c’est évidemment Ignazio Cassis «le candidat idéal». Qu’il verrait bien à l’Intérieur, puisqu’Alain Berset semble lorgner du côté du département qui sera bientôt vacant. Le Giornale del popolo est plus prudent, qui met un point d’interrogation à cette hypothèse de succession tessinoise.


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