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© THOMAS DELLEY

Revue de presse

Les médias suisses se montrent très sévères après la raclée qu’a prise la RIE III

Dans tout le pays, les organes de presse se montrent sans pitié avec la droite. Certains y voient «un Waterloo personnel» pour Ueli Maurer. Mais tous une claire victoire de la gauche contre «l’arrogance» de l’économie

«Una batosta», disent de concert au Tessin le Giornale del popolo et La Regione. Une raclée. Ou une «gifle», une «débâcle». Une leçon pour Ueli Maurer, une votation qui laisse des marques rouges sur le derrière: la presse se montre très sévère avec la droite après le rejet massif des Suisses à la 3e réforme de l’imposition des entreprises (RIE III).

Lire aussi: Séisme sur l’Arc lémanique avec le «non» à la RIE III

«Six votants sur dix qui refusent un projet fiscal adoubé par le Conseil fédéral, c’est une déconfiture de première classe rarement vue en politique suisse», relève 24 heures ce lundi au lendemain de la votation. Le quotidien vaudois estime que la droite imaginait pouvoir «à sa guise charger le bateau et ne pas tenir compte des éléments compensatoires réclamés par la gauche. Elle a juste oublié un acteur: le peuple». Et «forte de sa victoire éclatante», la gauche va immanquablement «réclamer son dû, et avec elle les villes»: «Les astuces les plus controversées devront disparaître, et des compensations sociales s’inscrire noir sur blanc (les Vaudois peuvent donner quelques conseils, si jamais). Puissent les vainqueurs du jour […] contribuer à une deuxième mouture équilibrée. Puissent les défaits du jour retenir enfin la leçon. Sinon, celle-ci sera très chère pour tout le monde.»

«La petitesse du oui frappe les esprits», renchérit Le Quotidien jurassien. «On est loin de la marge d’erreur que l’on peut trouver dans les sondages.» Ainsi, «la classe politique suisse est condamnée à trouver une solution plus équilibrée, qui aient du sens auprès des citoyens-contribuables. Une solution qui sera probablement moins favorable aux entreprises étrangères, dans un contexte de franc fort dont on ne voit pas la fin.»

En vendant au peuple une réforme «prétendument taillée pour les petites entreprises du cru, alors qu’elle avantageait, en fait, les plus grandes sociétés», la droite s’est trompée, analyse pour sa part La Liberté: «En brandissant la menace d’économies corsées en cas de non à la RIE III, le ministre UDC a donné l’impression d’exercer un chantage. Son camp a commis la même erreur en agitant le spectre de délocalisations et de pertes d’emplois. […] Le dossier a sans doute été envoyé par le fond à cause d’instruments fiscaux suspects parce qu’incompréhensibles d’une bonne partie des citoyens.»

«Les grands perdants auraient été les cantons et les villes. Et donc, in fine, la population, tout particulièrement ses couches les plus démunies», ajoute Le Courrier de Genève. Même «le message «il n’y a pas de plan B!», martelé à l’envi par une droite plus arrogante que jamais, n’est pas passé. Et la rapidité avec laquelle le PLR a proposé dimanche après-midi d’élaborer au plus vite une nouvelle réforme, «en collaboration avec les cantons et les communes» cette fois, démontre bien – s’il fallait une preuve – qu’il ne s’agissait que d’un mensonge de campagne. Outre la défaite historique de la droite, il faut aussi saluer une belle victoire de la gauche. Celle-ci a en effet démontré qu’unie et combative, elle peut réaliser des miracles. Et même fissurer le bloc bourgeois, qui s’est, sur la fin, avéré moins soudé que d’ordinaire.»

Un scrutin jugé complexe

Les Suisses, dont «les salaires stagnent, à l’inverse de ceux des hauts dirigeants qui biffent des postes à tour de bras», ont tapé avec les deux poings sur la table. Ils ont eu «peur de devoir compenser les pertes fiscales issues des entreprises», expliquent Le Nouvelliste, selon lequel «personne ne s’attendait à une telle déculottée». L’Impartial de la Chaux-de-Fonds et L’Express de Neuchâtel sont du même avis.

Pour Le Matin, le citoyen a dit «au grand capital: «Vous vous mettez assez d’argent dans les poches sans qu’on vous fasse encore ce cadeau fiscal, nous qui subissons la hausse du coût de la vie sans que les salaires suivent.» Verdict du quotidien lausannois: «C’est tout le camp bourgeois et les élites économiques qui sont à terre.»

«Les priorités sociétales de l’époque, qui transcendent les systèmes politiques, ont déterminé les derniers scrutins à avoir chamboulé le monde: celui sur le Brexit en juin et l’élection de Donald Trump en novembre. La Suisse n’y échappe pas», remarque la Tribune de Genève. Qui estime que «la crédibilité des autorités se trouve au plus bas. Face à la complexité du scrutin (que celui qui a compris le tableau de la brochure fédérale se dénonce!), doublée d’une bataille de chiffres insensée, les votants étaient poussés à une sorte de vote de confiance. Et c’est la gauche, envers et contre tous, qui a remporté la palme. Est-ce à dire qu’elle fut plus solide, plus crédible sur ce dossier? Pas vraiment. Mais son positionnement sur la question collait parfaitement aux préoccupations et aux grands doutes de l’époque.»

Bref, les médias relèvent à l’unanimité la complexité du scrutin. Rappelant l’acceptation de l’initiative Minder en 2013, L’Agefi va jusqu’à se demander si l’économie ne devrait pas «tout simplement cesser d’apparaître dans ce genre de circonstance, laissant les partis politiques débattre à armes jugées moins inégales». Pour le quotidien économique, «il est assez difficile d’analyser les leviers politiques de cette mémorable raclée. […] L’hypothèse assez répandue pendant la campagne des milieux souverainistes venant massivement en appui pour rejeter une réforme imposée par l’Union européenne et l’OCDE doit être relativisée si l’on considère les résultats par cantons. Les sensibilités ordinairement les plus nationales n’ont pas toujours enregistré les rejets les plus massifs».

Une grande partie de la presse relève encore l’intervention déterminante dans la campagne de l’ancienne conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, qui a «planté les derniers clous dans le cercueil» de la réforme, dit 24 heures. Qui a précipité la RIE III à «sa perte», enchaîne le site Watson.ch. Sans compter que «le verdict met fin à une campagne très virulente, où chaque camp a récusé violemment les arguments de l’autre et n’a pas hésité à peindre le diable sur la muraille. L’électeur a pu s’y perdre en tentant de savoir à qui allait profiter la réforme, PME ou multinationales, et combien elle coûterait. La défiance a prévalu», commente La Côte.

Lire aussi: RIE III: Eveline qui rit, Ueli qui pleure

Maintenant, le temps presse, rappellent les médias, qui pointent l’échéance du 1er janvier 2019 pour supprimer les statuts spéciaux et se mettre en conformité avec l’OCDE et l’UE afin de ne pas se retrouver sur une liste noire des paradis fiscaux. «La promesse sera difficile à tenir», pour le Corriere del Ticino. Si tous ne sont pas d’accord sur la solution, plusieurs d’entre eux, à l’instar du Journal du Jura, estiment que la RIE IV dispose d’une bonne base de travail: il suffit de «revenir à la mouture originelle du projet», celle d’Eveline Widmer-Schlumpf, «avant que le parlement ne le dénature complètement».

Lire aussi: RIE III: à la recherche du plan B en cas de rejet

Alors peut-être «le petit peuple» que met en avant Pascal Décaillet dans son blog «Liberté» a tranché: «Sous prétexte que l’OCDE a édicté de nouvelles règles pour harmoniser les taux d’imposition», on lui avait «flanqué une arme chargée sur la partie temporale de la tête, […] hurlé pendant des mois qu’il devait à tout prix voter oui, que sinon ce serait la catastrophe. Ce petit peuple, on a passé des mois à lui faire la leçon. On lui a expliqué, doctement, les mécanismes de l’économie, comme s’il n’était pas capable […] de les comprendre par lui-même. On lui a imposé une théologie de la vérité économique. Il fallait avaler le dogme, ou mourir. Le peuple a refusé le dogme, et il a parfaitement survécu.»

Du côté de la presse alémanique, le ton est tout aussi dur. Le «non» à la RIE III est une «débâcle politique» pour les partis bourgeois et «un Waterloo personnel» pour Ueli Maurer, lancent le Bund et le Tages-Anzeiger. Tandis que pour la Neue Zürcher Zeitung, le résultat indique une grave perte de confiance des citoyens envers les milieux économiques. «Il n’y a pas si longtemps encore, des réformes présentées par l’économie comme vitales passaient comme une lettre à la poste», écrit le quotidien zurichois.

La Luzerner Zeitung et le St. Galler Tagblatt voient dans le résultat «un vote contre la mondialisation». Les Suisses sont méfiants vis-à-vis des obligations internationales et d’une économie toujours plus globale. Ils se montrent ainsi de «droite contre les migrants» et de «gauche contre les sociétés multinationales». Quant au Blick, il estime lui que l’opposition à la RIE III a réuni une alliance unique, «le spectre complet de la droite de la social-démocratie»: «C’est un tremblement, un acte de défiance, une révolte contre les élites». Près de 60% des électeurs ont dit «nous ne vous croyons pas»:

Résultat: la Basler Zeitung hésite entre l'«enterrement de première classe» et «le massacre». «C’est la débâcle pour le Conseil fédéral»: «Personne n’attendait un résultat aussi clair», remarque enfin la Berner Zeitung. Elle souligne pourtant qu’outre les associations économiques, trois des quatre partis gouvernementaux et 25 des 26 exécutifs cantonaux avaient pris position pour la réforme. Cela n’a pas suffi, et de loin.

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