Editorial

La Méditerranée rougeoie du sang des Syriens

Baigneurs estivants, migrants moribonds et noyés se disputeront bientôt les plages italiennes et grecques si l’Europe dans son ensemble ne change pas de politique migratoire. Avec près de 400 morts, le naufrage survenu dimanche serait le plus meurtrier de la décennie. L’année dernière, près de 170 000 exilés ont débarqué sur les côtes italiennes mais, cette année, le chiffre pourrait être multiplié par deux ou trois. Et depuis le mois de janvier, plus de 500 personnes ont déjà perdu la vie dans les eaux de la Méditerranée. Les prévisions des agences onusiennes sont extrêmement pessimistes, 2015 battra tous les records. «Le retour des beaux jours» est ironiquement la raison évoquée pour expliquer la multiplication des traversées clandestines vers l’Europe.

Jamais il n’y a eu autant de candidats au voyage le long des côtes libyennes et turques. Une partie mourra en mer, l’autre parviendra en Europe, illégalement, et submergera les centres de réfugiés. Le chaos et la guerre poussent inexorablement des nuées de désespérés vers l’Europe, sans que rien ne puisse arrêter le mouvement.

L’opération Triton a remplacé l’automne dernier le programme Mare Nostrum, critiqué pour avoir été trop efficace dans sa mission: en secourant les migrants abîmés en mer, les sauveteurs créaient un appel d’air et, supposément, encourageaient le phénomène qu’ils devaient combattre. La belle affaire! Triton a moins de moyens mais le flot de malheureux n’a pas décru.

Impossible de détourner les yeux, ni de se laver les mains des drames qui se jouent dans le monde arabe. Les Européens doivent se mouiller dans une géopolitique compliquée qui les concerne. Le Moyen-Orient flambe, mais il existe des solutions pragmatiques pour venir en aide aux réfugiés qui se trouvent en Egypte, au Liban ou en Turquie. A l’heure actuelle, les déplacés ne reçoivent pas les aides promises et grossissent les rangs des clandestins.

L’utopie d’une Europe transformée en forteresse a vécu, car jamais les murs ne seront assez hauts pour arrêter les plus déterminés. Une des clés serait de soulager en amont pour limiter le nombre de candidats au départ et, parallèlement, de créer un dispositif d’immigration légale et contrôlée. Dans une approche réaliste et charitable, il faudrait aussi modifier les Accords de Dublin pour que le fardeau de l’immigration soit mieux réparti au sein des pays européens. Dans tous les cas, le secours en mer doit avoir les moyens de jouer pleinement son rôle. Retour à Mare Nostrum.