Révolution de Palais

Méditons et prions (mais pas trop)

Chaque mardi, le conseiller national décrypte la campagne, vue du Palais fédéral, avec les élus sortants

Révolution de Palais

Méditons et prions (mais pas trop)

Chaque mardi,le conseiller national décrypte la campagne, vue du Palais fédéral, avec les élus sortants

Il paraît qu’elle est triste, la dernière session. On voit plein d’amis pour la dernière fois, il y aura donc des larmes. C’est comme le dernier jour des colonies de vacances. On n’est pas sûr de se revoir l’année prochaine, alors on se serre dans les bras. Tous. Même ceux qu’on voit pour la… première fois.

Cette année, trente-sept parlementaires quittent Berne. On est dans la moyenne. Ajoutez une vingtaine de non-réélections, nous perdrons donc soixante amis. C’est émouvant. D’ailleurs, l’émotion est «officiellement» au programme de la session. Dans ma boîte aux lettres, entre 10 ordres du jour, 100 lettres de lobbies, et 3000 pages de documents inutiles, j’ai reçu une invitation pas comme les autres: des parlementaires sortants proposent à leurs collègues un apéro – je cite – «pour vous dire au revoir». Un avis sombre, un épais cadre noir, des portraits en clair-obscur, et cinq noms sur le mode «Pierre, Paul, Jacques et Jean ont le pénible devoir de vous faire part de leur départ imminent. Venez boire un coup pour fêter ça.»

C’est le mercredi 23 septembre. Deux jours avant la fin. Heureuse coïncidence, une prière est prévue le matin même. J’ai appris – toujours dans ma boîte aux lettres – que nous étions conviés tous les mercredis à une «brève méditation interconfessionnelle», juste avant la clochette. Oui, Madame. Ça se passe de 7h40 à 7h50 dans la salle 287, si jamais (il faut juste être parlementaire). Dix minutes de prière pour un retour miraculeux du consensus au Palais fédéral. Ou pour absoudre, plus simplement, nos péchés de campagne.

J’y passerai. Dix minutes, pas plus, car la journée du 23 est chargée. La méditation devra être brève. A 8 heures tapantes, nous élisons deux juges fédéraux. Sagement. Puis, nous entamons une «longue engueulade pas-confessionnelle-du-tout»: un débat libre sur le revenu de base inconditionnel. Le truc idéal pour s’écharper après la méditation. Et, en fin de journée, nous traitons de la modification de la loi sur la protection des eaux. Du Jourdain?

Trêve de plaisanteries. L’heure est grave. Il y a peu, un parlementaire sortant me racontait qu’il n’avait aucune perspective professionnelle pour la fin de l’année. Aucune proposition sur la table. Pas de revenu. C’est chouette, la politique: ça ouvre des portes. La session sera donc triste, émouvante, et religieuse. Avec des disparitions, des larmes, et des oraisons funèbres. Méditons, prions, mais pas trop. Le temps presse. Le 18 octobre, la messe est dite.

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