Revue de presse

Les méfaits de la bise, qui provoque des accidents et met les nerfs à vif

Ça vous énerve aussi, hein? Mais les météorologues sont formels: il n’y a pas plus versatile qu’un mois de mai. Effet psychologique de ces intempéries: on a l’impression que le climat est devenu fou

Vous l’avez remarqué, aussi? Et ça vous vient «légèrement» sur les nerfs? La Suisse subit depuis dimanche dernier des nuits glaciales, avec des températures parfois négatives dans plusieurs régions et de forts vents. A l’ouest du pays, une forte bise empêche le gel au sol, mais elle provoque des dégâts. Des vents de 142 km/h ont été enregistrés à la Dôle (VD). Dans l’Arc lémanique et à l’ouest du Mittelland, les rafales ont parfois atteint les 90 km/h, comme à Saint-Prex, à Bière ou à Nyon, dans le canton de Vaud, précisent Le Nouvelliste et ArcInfo. Et ça dure: pas de vraie accalmie avant vendredi!

D’abord, d’un point de vue météorologique, il faut savoir de quoi on parle et ne pas se contenter des mauvaises humeurs et des légendes qui circulent dans les bureaux autour des machines à café. La bise, dit le site Meteocentrale.ch, est un vent caractéristique de secteur nord à nord-est qui souffle sur le Moyen Pays suisse, le bassin lémanique, ainsi qu’en région lyonnaise, en Franche-Comté et en Lorraine. Elle est froide et sèche, c’est un vent de beau temps, à la différence de la «bise noire». Elle apparaît en général après une période pluvieuse – le passage d’un front froid – et marque ainsi douloureusement la fin du passage de la perturbation, comme l’explique la SRF avec des graphes éloquents.

Une «Genferei» de plus

La bise «se forme avec la canalisation du courant au bord des Alpes dans des situations anticycloniques sur le nord et/ou l’est de l’Europe». Et, vers le Moyen Pays occidental, elle est «pressée entre le Jura et les Préalpes, sa force augmente et atteint son maximum sur la rive ouest du lac Léman». Philippe Jeanneret, avec le concours de Christophe Salamin de MétéoSuisse, explique aussi tout cela sur le site de la RTS, où l’on constate une forme d'«effet papillon», puisque «les différences de pressions entre les îles Britanniques et le golfe de Gênes sont déterminantes» pour venir nous mettre sens dessus dessous. Même Infrarouge l’a intégrée dans son teaser sur les Genfereien, cette satanée bise, c’est dire…

C’est que depuis lundi, Genève est davantage touchée que Lausanne, par exemple. Les sapeurs-pompiers du bout du lac sont «sur le qui-vive», a indiqué 20 minutes en début de semaine. Car «la bise très violente a provoqué de nombreux incidents, plus ou moins graves. […] Une quarantaine d’hommes sont intervenus» près de 100 fois […], précise au gratuit Nicolas Schumacher, commandant du Service d’incendie et de secours genevois: «Nous avons sorti les grandes échelles pour agir sur le haut des arbres, là où cassent les branches.»

A la RTS, il précise que «la majorité des interventions» concerne en effet «des arbres qui se cassent en deux, des branches qui s’abattent sur la chaussée, des véhicules ou encore la voie publique». «Les bateaux transfrontaliers de la Compagnie générale de navigation (CGN), empruntés chaque jour par 2500 personnes, ont aussi dû rester à quai.» «Il fallait avoir le cœur bien serré pour naviguer sur le lac», indique la chaîne de télé genevoise Léman Bleu, qui propose une vidéo digne de Koh-Lanta.

S’il est recommandé de «fixer tout mobilier de terrasse ou objet pouvant s’envoler», un mort est aussi à déplorer dans le canton de Fribourg: «Lundi après-midi, une automobiliste circulait avec une passagère dans la commune de Wallenried, entre Morat et Fribourg, quand un arbre s’est écrasé sur le véhicule, provoquant le décès de la passagère et blessant grièvement la conductrice.»

A Nyon, il y a aussi l’histoire d'«un majestueux peuplier, d’une trentaine de mètres de hauteur», que raconte 24 heures: «Lundi, sous les rafales de bise, il s’est fendu en deux et une tige longue d’une dizaine de mètres s’est abattue en bordure de la route de Divonne, heureusement sans faire de blessé. Son tronc était quasi creux, il a fallu démonter en urgence la masse restée sur pied.»

«Ce n’est pas la seule victime des assauts tempétueux de ces derniers jours, poursuit le quotidien vaudois. Mais ce peuplier, planté sur sol privé, n’était pas n’importe quel arbre. Il figurait parmi ceux qu’il faudra abattre pour laisser place aux immeubles qui remplaceront la Suettaz, cette barre de logements érigée dans les années 60. Or des élus […] veulent sauver ces plantations.» Ça en fera un de moins à sauver, même si le recours a déjà été jugé irrecevable par le Conseil d’Etat.

Gervais, Pancrace et Mamert

Lundi, la Tribune de Genève a tout de même donné quelques bonnes nouvelles. «Cet épisode venteux, même tempétueux», mais sans gel, va «épargner les arbres fruitiers et les vignobles. […] Grâce aux pluies de ces dernières semaines, le sol ne risque aucun assèchement.» On a aussi passé la période des saints de glace: «Saint Gervais, saint Pancrace et saint Mamert font à trois un petit hiver», dit le dicton. «Les scientifiques valident-ils cette croyance populaire? […] Des journées de gel sont régulièrement observées durant ce joli mois où l’on est censé faire ce qu’il nous plaît. Le pire a été vécu en mai 1993, avec quinze jours de gel successifs.»

D’un point de vue plus général, une boutade du météorologue Frédéric Glassey «prête à rire» dans La Côte: «Encore un week-end pourri et les gens manifesteront pour le réchauffement climatique!» Cela dit, «après la neige, le gel et les puissantes averses, voilà la bise qui […] s’invite à la fête. Avant le retour des gouttes prévu pour cette fin de semaine. Bref, ce mois de mai est pourri, vraiment pourri. Enfin, pas tant que ça», si l’on en croit ses explications. Et de toute manière, «la nature a une capacité phénoménale à encaisser les coups puis à se relever».

A cela s’ajoute «un facteur sociologique non négligeable, ajoute encore Frédéric Glassey. Les pics de froid se sont concentrés sur les week-ends, à une période où tout le monde regarde vers l’été et sort le barbecue sur la terrasse. Et dans ces conditions, on a tous forcément plus l’impression que la météo est devenue folle. Alors qu’il n’y a pas plus versatile que le mois de mai, qui a de toute façon l’habitude de jouer au yoyo avec la météo.»


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