Conférence de conciliation

Méfiez-vous des doubles nationaux

La double nationalité est autorisée en Suisse depuis 1992. Depuis, l’UDC en a fait un combat politique. Qui prend aujourd’hui pour cible les conseillers fédéraux potentiels, voire les élus qui posséderaient deux nationalités

Nous sommes près de 900 000. Vous ne vous méfiez pas de nous, et pourtant, vous devriez. En apparence, nous avons les mêmes droits, les mêmes devoirs que tous les autres. Mais en réalité, nous feignons, nous dissimulons. Par chance, nous sommes parfois démasqués. C’est le cas, par exemple, lors d’une élection au Conseil fédéral, l’occasion enfin de révéler notre duplicité intrinsèque et de nous pousser à choisir notre allégeance.

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Trêve de cynisme. Ce «nous», c’est celui des Suisses, dont je fais partie, qui possèdent une autre nationalité. Depuis quelques semaines, ce groupe fait l’objet d’une défiance somme toute assez nouvelle. On ne s’en était pas aperçu jusqu’ici, mais nous serions, au plus profond de nous-mêmes, en proie à de déchirants conflits de loyauté. Au risque de faire courir un risque à la Suisse, si nous décidions subitement de nous rallier aux intérêts d’un autre pays.

Un climat délétère

En conséquence, un climat délétère s’installe sous la pression de l’UDC, jusqu’à pousser certains naturalisés à s’excuser d’être le témoignage d’une intégration réussie. Pour démontrer leur patriotisme, certains sont prêts à renoncer à leurs racines. Se renier pour gagner la confiance: curieuse conception de la probité.

Une question a été peu évoquée au cours de ces débats: comment peut-on décemment croire que la loyauté à un pays se mesure à la possession d’un passeport ou à sa reddition? Celles et ceux qui l’affirment font preuve, au mieux, de naïveté, au pire d’hypocrisie.

On peut évidemment entretenir des liens étroits avec un pays pour des raisons personnelles, familiales ou professionnelles sans pour autant en détenir la nationalité au sens formel. A l’inverse, le fait de renoncer à un passeport ne détruit ni immédiatement, ni irrémédiablement les racines et les attaches.

Procès en déloyauté

Comme tout soupçon, le procès en déloyauté ne connaît d’ailleurs pas de limites: s’il faut être Suisse et seulement Suisse pour devenir conseiller fédéral, s’il faut l’être pour se présenter au Conseil fédéral, ne faudrait-il pas aussi l’être pour élire ce Conseil fédéral?

La spirale est lancée: d’aucuns commencent déjà à affirmer que cette règle devrait s’appliquer à tout membre du parlement. Vous avez craint l’incursion des juges étrangers? Vous allez adorer les donneurs de leçons de la droite dure, déjà dans les starting-blocks pour substituer leurs critères de suissitude au choix éclairé des électeurs.


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Le congé paternité, jamais une priorité

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