Après ses quatre années texanes, l'Amérique ressemble au Lonesome Cowboy: le cavalier fait mine d'être vaillant, mais le cheval est fourbu. Le chemin, derrière l'équipage, est partout éboulé. Et devant, il est incertain.

La prestation de serment, le 20 janvier prochain, précédera de quelques jours – peut-être – l'élection d'une première assemblée dans l'Irak d'après Saddam Hussein. Peut-être: car les trois mois qui viennent seront aussi violents que les trois derniers. La lutte armée pour le pouvoir à Bagdad ne s'apaisera pas.

Les Européens – et le monde – regarderont l'assermenté avec sympathie si John Kelly est élu. Mais ce sera toujours la même Amérique. Non pas dans les mots, non pas dans les gestes peut-être. Mais dans les faits. Et c'est en Irak que les faits sont les plus têtus.

La classe politique américaine, dans sa grande majorité, avait approuvé la guerre. Deux ans après, une majorité tout aussi grande a les yeux ouverts sur les dégâts. L'homme qui, en janvier 2003, avait dit à George Bush – utilisant le slogan d'un marchand de vaisselle – «si tu la casses, elle est à toi», est encore pour trois mois secrétaire d'Etat.

Peut-on parler d'Europe à l'Amérique comme Colin Powell à son président? Autrement dit: «Vous avez voulu ce bourbier, débrouillez-vous.» Vrai défi politique, et provocant. Que l'hôte de la Maison- Blanche soit petit ou grand, cassant ou disert, il demandera à l'Europe de participer à la pacification du Proche-Orient, probablement en fixant le moment du début du retrait des troupes d'occupation. Réponse difficile… Mais les Etats-Unis ne posent pas d'autres questions. Ils continueront de penser que la force est un moyen d'écarter les menaces qu'ils perçoivent ou qu'ils connaissent.

Jeremy Rifkin, penseur américain prolixe, vient de publier un essai, The European Dream, ode au modèle politique qui cherche à prévenir les conflits par la coopération et des moyens pacifiques. L'accueil aux Etats-Unis a ressemblé à un haussement d'épaules: «Nice Dream», joli rêve…

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