éditorial

Même plus peur du «no deal»

OPINION. Les dirigeants européens ne redoutent plus le départ du Royaume-Uni sans un accord préalablement négocié. Tel est le message adressé par le sommet de Bruxelles, qui s’est achevé vendredi

Personne ne peut vraiment prédire l’issue d’un Brexit sans accord préalablement négocié entre Londres et Bruxelles. Tous ceux qui parlent de cette hypothèse, dans la capitale de l’UE, le font avec quantité de précautions. Et pour cause: le destin de nombreuses entreprises et l’avenir de millions de personnes sont en jeu, de part et d’autre du «Channel». Passer, en cas de «no deal», d’un univers de normes et de standards communs noués depuis plus de quarante ans à une relation bilatérale qu’il faudra réinventer de A à Z tient du saut dans le vide avec un élastique usé. Au premier accroc, l’accident économique peut s’avérer fatal.

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Un pas important a toutefois été franchi au sommet européen de ces jeudi et vendredi. A l’unanimité, les dirigeants des Vingt-Sept ont, fait nouveau, assumé la possibilité d’un Brexit chaotique. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a redit haut et fort que plus d’une vingtaine de textes législatifs avaient déjà été adoptés pour «protéger» les intérêts communautaires. Emmanuel Macron a embrayé en affirmant que la France était «préparée» au pire. Message limpide: puisque chaque jour qui passe rapproche les Etats membres du précipice creusé par les brexiters purs et durs à coups de mensonges et d’exigences irrationnelles, la défense doit devenir agressive. Dès l’annonce du «no deal», des plans d’urgence entreront en vigueur.

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Pour Theresa May et les députés de la Chambre des communes, ce changement de registre européen est significatif. Il montre à la fois que les divisions communautaires demeurent jugulées et que les milieux d’affaires britanniques ont toutes les raisons de s’inquiéter. Plus grave pour Londres: aucun dirigeant européen n’a formulé, lors du sommet, la moindre idée sur l’avenir bilatéral de la relation entre l’UE et le Royaume-Uni, s’il devient un pays tiers. L’horizon, vu de Bruxelles, ressemble à un futur no man’s land hérissé de barricades et de tranchées commerciales, tarifaires et administratives dans lequel les Etats membres proposent à leurs interlocuteurs britanniques de s’engager et de tirer les premiers. Aux chantres du Brexit, si peu courageux jusque-là, d’assumer leurs actes.

Ne plus avoir peur du «no deal» n’est évidemment pas une politique. Mais dans ce feuilleton à haute intensité psychologique qu’est le Brexit, la clarification a valeur d’avertissement. Le message? Le chaos à venir fera d’abord mal… au Royaume-Uni.

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