Revue de presse

Même en Suède, le système de santé est en crise

Alors qu’a lieu ce jeudi à Lausanne le Forum de 100 sur le thème de «La santé dans tous ses états», un film documentaire vient de montrer que même dans un Etat-providence, il peut y avoir de graves dysfonctionnements

Quoi? Même en Suède, le pays européen cité en exemple par excellence pour ses réussites sociales, il y a des grincements dans les rouages du système de santé? A l’heure où s’ouvre le Forum des 100 à Lausanne, il est édifiant de constater, comme le fait le site Eurotopics, que «rien ne va plus dans les hôpitaux» du royaume. Un film documentaire diffusé à la télévision nationale SVT, «faisant état de dysfonctionnements dans le système de santé, a choqué l’opinion».

Mais que se passe-t-il donc pour que, «depuis des années déjà, les hôpitaux manquent de personnel de soin, les lits restent inoccupés et les patients doivent attendre longtemps avant d’être opérés»? A en croire cette enquête, «la gravité des problèmes serait telle que dans beaucoup d’établissements, la vie des patients» serait même «en danger».

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Manque d’infirmières

Deux journaux suédois, en particulier, se sont joints à ce concert de reproches dans leurs éditions du mardi 9 mai. Expressen, tout d’abord, qui est scandalisé par la situation, qui plus est «dans un pays qui se targue d’être un Etat-providence». Un exemple? «Dans le nouvel hôpital Karolinska à Stockholm, un tiers des lits sont vides et 10% des opérations prévues pour des enfants ont été annulées cette année. […] Le problème le plus grave est le manque d’infirmières. Il oblige les hôpitaux à laisser les lits non utilisés.»

Or il se trouve que «jamais la santé publique n’a bénéficié de tant d’argent», en Suède comme en Suisse ou en Norvège, selon le Daily Telegraph. Là où les systèmes figurent «parmi les meilleurs d’Europe, même si les soins y sont plutôt chers». Seulement voilà, selon l’article du tabloïd de Stockholm, cet argent «est dépensé à mauvais escient». Les sociaux-démocrates au pouvoir «veulent par exemple que les patients passent régulièrement des check-up dans des polycliniques».

Des enfants meurent…

C’est là que le bât blesse, car cela «reviendrait à mobiliser des ressources pour des gens en bonne santé, alors mêmes qu’elles sont insuffisantes pour soigner ceux qui sont gravement malades. Cette crise chronique mine la confiance dans la politique» en Suède. Pire: le pays peut-il «encore se dire Etat-providence lorsque des enfants meurent alors qu’ils pourraient facilement être sauvés»? Une traduction approximative de l’article par Google Translate donne une bonne idée des travers dénoncés.

Pour Aftonbladet, qui est le quotidien le plus lu en Scandinavie, ce système de santé se trouve carrément «en détresse». Lui aussi pointe des «erreurs» dans les décisions prises par les politiques. On peine vraiment à y croire, mais il faut d’abord savoir que «la Suède est le pays d’Europe qui compte le moins de lits d’hôpital par habitant dans toute l’Europe. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que dans les sondages, quand on demande aux électeurs quels sont les sujets les plus importants à leurs yeux, ceux-ci placent la santé tout en haut de la liste.»

Les sociaux-démocrates accusés

Mais les coupables, accuse le journal, ce sont bien ces «gauchistes», vilipendés parce que considérés par leurs électeurs sociaux-démocrates comme «responsables de l’état végétatif dans lequel se trouve la santé publique. Il fut un temps où le ministre des Affaires sociales était aussi important que le ministre des Finances.» Mais aujourd’hui, le Ministère de la santé publique «a besoin d’un comité d’urgence et d’un ministre qui révolutionne le travail des services». Car en Suède, actuellement, les sociaux-démocrates se contentent – au lieu d’agir – de resserrer les rangs «pour conserver le pouvoir» en 2018. Ils «veulent croire au grand retour de la social-démocratie en Europe», contre «les échecs du néolibéralisme», a pu constater Le Monde.

L’homme qu’on accuse, c’est Gabriel Wikström, 32 ans, ministre de la Santé publique, des Soins et des Sports au sein du gouvernement de Stefan Löfven depuis 2014. Et Aftonbladet ironise en écrivant qu'«à ce jour, il est en congé maladie pour surmenage»: «Nous espérons qu’il récupère rapidement.»

Champions de l’arrêt maladie

Y aurait-il là un «vrai» problème, similaire à celui que les Alémaniques dénoncent parfois au sujet des Romands? Expressen s’était déjà intéressé en 2009 à ce «pays de malades en bonne santé»: «Les Suédois sont les champions de l’arrêt maladie, alors qu’ils sont parmi les peuples les mieux portants d’Europe, […] si tant est que l’on considère qu’être en arrêt maladie et être malade sont la même chose. Certains en doutent et osent insinuer que les arrêts de travail ne sont pas tous justifiés et que certains de ceux qui se font porter pâles ne sont pas aussi souffrants qu’ils le prétendent.»

Alors, «comment se fait-il que les Suédois soient en arrêt maladie quarante jours par an en moyenne, contre seulement dix pour les Allemands? Il y a là un paradoxe dans la mesure où les Suédois mènent une vie plutôt saine, font du sport, prennent soin de leur corps et de leur santé, sont parfaitement conscients de l’importance de l’alimentation.» Ils sont aussi les champions «toutes catégories des non-fumeurs», selon Franceinfo.

Le vieillissement de la population en cause

D’ailleurs, il y a trois ans et demi, un rapport de l’OCDE disait par exemple qu'«en matière de soins de santé et de prise en charge des personnes âgées, la Suède n’usurpe pas sa réputation: son système est effectivement l’un des meilleurs au monde. Mais sous l’effet du vieillissement de la population et du nombre croissant de maladies chroniques, qui nécessiteraient des services de santé plus complexes, la capacité de la Suède à maintenir la qualité de ses soins est menacée.»

Dans ce Health Care Quality Review of Sweden, on lit notamment que «la part des personnes âgées dans la population suédoise est plus importante que dans la plupart des pays de l’OCDE: 5,2% de la population a plus de 80 ans, contre 4,2% en moyenne dans les pays de l’OCDE. Les dépenses relatives à la prise en charge des personnes âgées représentent 3,6% du PIB, contre 1,7% en moyenne dans les pays de l’OCDE.»

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