«C’est un grand honneur d’être ici avec tous mes amis. Tellement incroyable – je n’oublierai jamais!»: par ces quelques mots en lettres majuscules, Donald Trump a déclenché une nouvelle polémique. Il faut préciser que ces deux phrases ne sont pas destinées à gratifier un événement mondain ou à commenter un séjour balnéaire, mais ont été griffonnées mardi sur le livre d’or du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. On comprend mieux. Commémorer la Shoah à coups de «great» et de «so amazing» passe mal.

On a d’abord cru à un canular. Tant la désinvolture du président américain jure avec la solennité des lieux et la gravité de l’histoire commémorée. Tant le ton décalé et la brièveté du message – moins de 140 caractères, comme un tweet – suscitent le malaise. Et en disent long sur la méthode de communication de Donald Trump, qui s’exprime de manière quasi identique sur Twitter ou dans une réunion officielle et raffole des formules à l’emporte-pièce, exclamations nominales telles que «wrong!», «bad!», «enjoy!» en tête. «Fidèle à lui-même», diront certains. On semble toutefois en droit d’attendre autre chose d’un chef d’Etat. 

«Contraste saisissant» avec Obama

Impossible, alors, de ne pas aller regarder du côté de ses prédécesseurs et notamment de Barack Obama. Lors de son passage au Mémorial en 2008, celui qui était alors sénateur de l’Illinois avait qualifié Yad Vashem de «rappel puissant de la capacité des hommes à commettre le mal, mais aussi de la capacité à se relever des tragédies et à reconstruire le monde». A l’issue d’une nouvelle visite en 2013, l’ex-président avait encore enjoint à Israël et aux Etats-Unis de «nourrir la même vision et volonté de maintenir la paix et la prospérité pour les générations futures». Pour le journaliste Pierre Haski, le «contraste est saisissant». En 2008, George W. Bush, lui aussi, s’était montré bref, se contentant d’un «Dieu bénisse Israël».  

Les observateurs ont par ailleurs noté que la visite officielle d’Obama avait duré plus d’une heure, alors que Donald Trump est resté moins de 30 minutes dans le musée. Ils ont aussi ressorti pour l’occasion la prestation de Justin Bieber à la maison d’Anne Frank à Amsterdam: «J’espère qu’elle aurait été une de mes fans», avait laissé, en guise de souvenir, le jeune Justin. Les styles se ressemblent. Sauf que l’un est président de la première puissance mondiale et l’autre, la coqueluche des adolescents. 

Consternation sur Twitter

Sur Twitter, de nombreux internautes expriment leur consternation. «Le mot laissé par #Trump au mémorial des victimes de la Shoah aurait pu être celui d’un enfant qui vient de visiter le Parc Astérix. Triste», lâche @rachidowsky13.

Le caractère puéril de Donald Trump revient fréquemment dans les commentaires. «Trump a oublié d’écrire: «restez cool, passez un bon été et à l’année prochaine!» #manchild», poste @fenster303. Sans mention de l’Holocauste, la griffe de Donald Trump peut effectivement s’appliquer à n’importe quoi. Heureusement, @librearbitres se veut indulgent: «Il a mis dans ce texte 90% de son vocabulaire.»

«Niveau intellectuel»

Il est des internautes que l’acharnement contre Donald Trump agace. «Sinon, vous pouvez rester factuels, et pointer ses erreurs, plutôt que de juger du «niveau intellectuel» d’un individu?» questionne @MaryCyfer. «Je préfère les discours pourris et les actes magistraux que le contraire. #Trump», revendique encore @hlotro.

Tripadvisor après Disneyland

Les mots de Donald Trump pourraient être ceux d’un touriste sur Tripadvisor, pressé de raconter son expérience à Disneyland. Ils évoquent tout sauf un lieu de mémoire et de recueillement. Alors certes, ce ne sont que deux phrases. Mais elles disent beaucoup.