Les sondages révèlent un fort taux d’approbation des mesures liberticides de cette semaine. Les mensonges et les contradictions sur les masques et les tests ne suffisent pas à miner la confiance. Le ton paternaliste est accepté sans sourciller. La faute de la deuxième vague est attribuée aux réunions privées. Machiavel notait déjà que si le gouvernement est incapable de protéger la population comme il l’a promis, il trouvera toujours une excuse pour blâmer une partie des individus.

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La prospérité économique n’est pas la priorité absolue du moment, mais seulement un critère parmi d’autres. Or le consommateur réagit fortement aux décisions, directement et indirectement. Le FMI a analysé 128 pays durant les trois premiers mois de la première vague. Il en ressort que la chute de l’activité était due pour une moitié au confinement et pour l’autre aux décisions individuelles et à l’état de confiance de chacun. Suis-je en sécurité si je sors? Où aller en premier lieu? Avec qui gérer mes affaires? La vie économique est le fruit de cette infinité d’échanges volontaires, même s’ils sont contraints, freinés, compliqués.

Eviter les interdits

Les mesures du Conseil fédéral peuvent donc être jugées à l’aune de leur impact sur les incitations à consommer. Les économistes constatent que le port obligatoire du masque ne freine pas les achats. En somme, mieux vaut des mesures sanitaires qui n’introduisent pas une interdiction d’échanger. Les quarantaines seraient, elles, dommageables puisque des gens qui veulent agir en sont empêchés. Et le confinement, le pire des mondes possibles.

Ainsi, dans l’attente d’un vaccin, le soutien économique le plus efficace et le moins coûteux consiste à redonner confiance aux consommateurs et aux entrepreneurs. L’Etat ne peut pas additionner les plans de relance.

De Max Weber à Francis Fukuyama, les penseurs ont souligné l’importance de l’impact des attitudes sociales sur la prospérité. Dans les pays scandinaves, les deux tiers des citoyens se font confiance les uns les autres. Dans ce type de classement, les pays africains et arabes sont au plus bas, indique l’institut Our World in Data. Selon les économistes Yann Algan et Pierre Cahuc, le revenu africain par habitant serait cinq fois plus élevé qu’aujourd’hui si la confiance était aussi élevée qu’en Scandinavie.

La vie – et la confiance – est multidimensionnelle. Pour Friedrich Hayek, «il serait un mauvais économiste celui qui ne serait qu’économiste». Mais en étant obnubilé par la seule gestion des hôpitaux, le gouvernement court un risque majeur. «Le tempérament de la multitude est inconstant», avertit Machiavel.

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