Jusqu’à la fin de l’année, «Le Temps» ouvre ses colonnes à six jeunes Romands, un par canton. Chaque mois, ils raconteront librement leur quotidien. Aucune obligation, si ce n’est la longueur des textes.

Les textes du mois de mai: Paroles de jeunes Romands: «Soit on est résilient, soit on regardera le monde crever la bouche ouverte»

Les textes du mois de juin: Paroles de jeunes Romands: «Quelle sera la prochaine mauvaise nouvelle à la télé?»

Les textes du mois de juillet: Paroles de jeunes Romands: «Lorsque je vois comment la société est en train d’évoluer, j’ai peur pour mon avenir»

«Hé, salaud!»

Ce matin, je me suis réveillé au signal de mon téléphone. Une notification d’un inconnu. En l’ouvrant, j’ai lu: «Hé, salaud, enlève cet avatar honteux!» Un deuxième message: «Si tu ne supprimes pas cet avatar, sale libéral, nous allons spammer ton téléphone. Nous avons trouvé ton numéro de téléphone et le nom de tes parents» et en effet, mes données personnelles suivent…

C’est devenu une habitude bizarre. Depuis que la guerre a commencé en Ukraine, tous les Russes qui expriment leur soutien aux Ukrainiens et s’expriment contre la guerre sur les médias sociaux font l’objet de telles attaques virtuelles. Bien sûr, il y a toujours eu de la haine anonyme sur internet, mais la guerre a radicalisé la société russe. Je sais que ce ne sont pas des agents du FSB (les services secrets) qui m’écrivent, mais de simples adolescents. Ils ne me connaissent pas personnellement, mais leur niveau de haine envers ce qu’ils considèrent comme «un étranger» ou «un traître» est hors normes. C’est comme s’ils essayaient de faire leur guerre personnelle depuis leur canapé.

Peu importe si je suis menacé, je resterai fidèle à mes principes et je ne retirerai certainement pas le drapeau ukrainien de mon avatar

La violence que promulgue l’Etat Russe se reflète dans la vie de ces jeunes et défigure leur vision du monde. C’est effrayant et triste. Mais peu importe si je suis menacé, je resterai fidèle à mes principes et je ne retirerai certainement pas le drapeau ukrainien de mon avatar.

Gleb Zayarski, 16 ans, Avenches (VD)


L’avortement, un débat justifié?

Ces derniers temps, l’avortement a été au cœur de tant de débats et de préoccupations… Ce sujet devrait-il réellement être un débat, qui plus est un débat d’ordre politique? Car n’oublions pas que l’avortement est une affaire très personnelle pour celle qui envisage cette option: aucun ordre supérieur ne devrait être en mesure de décider de lui infliger un enfant qu’elle ne désire pas, de la même manière qu’il serait injuste de lui interdire d’avoir un enfant.

Il ne faut pas oublier que quelle que soit la croyance, prendre la décision d’avorter est toujours très douloureux et ce n’est un moyen de contraception pour personne

Quelle que soit la décision prise, seule la personne concernée devra en assumer les conséquences. Quant à savoir si on considère l’avortement comme un assassinat, la personne qui doit prendre la dure décision d’avorter devrait considérer sa propre croyance, personne d’autre ne devrait la lui imposer car personne ne détient la vérité absolue; la croyance relève de la sensibilité personnelle de chacun. Par conséquent, chacun devrait avoir la liberté de prendre la décision qui le concerne en fonction de sa propre croyance.

Il ne faut pas non plus oublier que quelle que soit la croyance, prendre la décision d’avorter est toujours très douloureux et ce n’est un moyen de contraception pour personne. N’oublions pas non plus que quelles que soient les restrictions à ce sujet, l’avortement est toujours pratiqué, seulement il l’est dans l’illégalité, ce qui implique qu’il est pratiqué dans des conditions beaucoup plus dangereuses, pouvant entraîner de graves conséquences pour la patiente. Interdire ce droit serait ainsi une injustice et un danger pour tant de femmes.

Othilie Cerf, 18 ans, Fontenais (JU)


Les voyages en train

J’aime observer le ciel, surtout la nuit, lorsque les étoiles scintillent. Je respire enfin, j’oublie ma fin, j’oublie la faim et je souris. Il fait chaud à fondre, à se confondre avec les pavés, peuple piétiné au bord de l’apocalypse. J’aurai 20 ans dans quelques jours. En plein milieu des beaux jours.

Dans cette gare les gens s’activent comme une colonie de fourmis, des ouvrières au service de leur reine. J’observe les gens défiler. C’est mieux que la Fashion Week. On y trouve plus de diversité; des gens qui courent, des gens qui boitent, chaque passage raconte une histoire, un flux continu de vie raccroché à des fils, une fresque, un voile.

On prendra des trains qui partent, peu importe où tant qu’on est transporté, transporté ailleurs, car tout le monde le sait c’est toujours mieux là-bas. Traverser des paysages se sentir vivant, parce qu’en mouvement.

Après l’Ukraine, bientôt Taïwan en guerre, le droit à l’avortement bafoué, les dérèglements climatiques de plus en plus visibles, la liste semble s’allonger chaque semaine

En évolution dans un monde chaotique: après l’Ukraine, bientôt Taïwan en guerre, le droit à l’avortement bafoué, les dérèglements climatiques de plus en plus visibles, la liste semble s’allonger chaque semaine. C’est le dévoilement, apokalupsis en grec, l’apocalypse, le dévoilement des failles de notre ère, de notre civilisation moderne, mondialement empêtrée dans le purin.

Au rythme où l’on va, les gens seront noyés dans leur transpiration avant la montée des eaux, en espérant que la chaleur nous réveille plutôt qu’elle nous endorme (big up à Renovate Switzerland). En attendant je continue mes trajets en stop ou en train, et souhaite de bonnes vacances à ceux qui en ont.

Elliot Sanchez, 19 ans, Genève


Les dégâts de l’offre et de la demande

Tous ont certainement entendu parler de la fast fashion. La réalité tragique de la mode. Ce renouvellement très rapide des vêtements détruit à la fois notre planète, exploite les ouvriers et maltraite les animaux. Ces grandes marques chez qui vous commandez ou allez en magasin ont pour la plupart des mauvaises conditions de travail et de l’exploitation cachées derrière. Ce n’est rien de nouveau, vous allez dire. Mais regardez l’habit que vous portez, l’étiquette vous en dira tout.

Encore heureux qu’il ne soit pas écrit d’appel à l’aide dessus – si vous aviez entendu parler de la polémique d’une marque chinoise, très populaire chez les adolescents... Regardez les coutures, ses imperfections. Essayez d’imaginer l’ouvrier derrière sa machine, en stress à cause de l’énorme demande des consommateurs que nous sommes.

Regardez les coutures, ses imperfections. Essayez d’imaginer l’ouvrier derrière sa machine, en stress à cause de l’énorme demande des consommateurs que nous sommes

Pourquoi est-ce moi, une ado, qui sent le devoir d’utiliser sa voix pour faire un rappel sur ces choses évidentes? Surtout chez les jeunes, j’ai remarqué à quel point ils sont littéralement accros aux nouveautés. La mode devient plus importante que ses problèmes. Je n’aimerais pas grandir et voir que rien n’a changé. Pourtant, j’en ai peur.

Il est tellement facile d’aller sur son portable, faire défiler l’écran et succomber à toutes ces choses qu’internet veut vous vendre. Néanmoins, les gens pourraient tout autant faire un tour en premier lieu sur les sites et applications dédiés à la seconde main par exemple. Il y en a de plus en plus et même sur les réseaux. J’espère aussi plus de magasins pop-up, vintage ou de «upcycling». Certes, certains sont chers, mais ils coûtent probablement moins qu’une nouvelle paire de Nike.

Clara Büchi, 18 ans, Saint-Aubin (FR)


Le choix professionnel

Dès le plus jeune âge, lors d’une rencontre, la question «qu’est-ce que tu voudrais faire plus tard?» ressort toujours tôt ou tard dans la discussion. Mais comment répondre à cette question lorsque nous voyons en face de nous tellement d’incertitudes mais aussi tellement de possibilités?

Personnellement, j’ai toujours eu des idées assez précises concernant mon futur métier, mais je constate que certains de mes amis se sentent perdus lorsqu’ils sont confrontés à cette question. Perdus car ils n’arrivent pas à se projeter par peur de prendre conscience du long parcours difficile de la vie d’adulte qui les attend. Perdus par peur de ne pas réussir leurs études et que le niveau soit trop élevé. Ou parfois juste perdus de ne pas trouver le métier qui les fait rêver.

Le choix professionnel peut être effrayant et peut procurer des doutes face à l’option qui nous correspond le mieux. Parfois, nous ne savons pas où nous mettons les pieds, nous ne connaissons pas assez les métiers pour décider si nous voulons plonger dans ces études-là ou non. Nous avons peur que de si longues études ne nous mènent finalement à rien ou qu’au final nous ne trouvions même pas de place de travail.

Le choix professionnel peut être effrayant et peut procurer des doutes face à l’option qui nous correspond le mieux

Mais heureusement, nous avons beaucoup de chance en Suisse d’avoir de nombreuses écoles avec de nombreuses filières et passerelles, accessibles à tous. Mais aussi d’avoir plusieurs modes de transports pour se rendre à ces établissements, ce qui n’est pas le cas partout dans le monde.

Eva Taramarcaz, 15 ans, Fully (VS)


Un mal pour un bien?

Nous sommes en avril 2021, les résultats des élections communales viennent de tomber, à Neuchâtel, avec un record: 58% de femmes élues. Etant le premier sensible aux égalités hommes-femmes, je fus d’abord ravi par cette nouvelle même si j’allais vite déchanter.

Peu après, je visionne un micro-trottoir en ville de Neuchâtel. Les passants sont questionnés sur leurs votes et bon nombre d’entre eux annoncent, tout sourire, avoir dans un souci de parité coché des noms féminins en forte majorité. Quelle déception, ce que j’aurais voulu entendre c’est que ces candidates aient été élues pour leurs qualités et leur efficience. Bref, rien n’avait changé, la politique neuchâteloise n’était pas plus ou moins inégalitaire qu’avant. Au final la thématique reste la même, mais sous un angle différent.

Le problème est que si on pose notre attention sur la parité dans un groupe de personnes, il est quasiment impossible d’aboutir à une répartition paritaire sans qu’une partie ou une autre ait été favorisée de par son sexe. Donc, la recherche constante de la parité passe trop souvent par la discrimination ou pousse à celle-ci. Par exemple, les grandes entreprises suisses cotées en bourse sont forcées à respecter un quota homme-femme au sein de leur direction et des postes de cadre. Une telle loi engendre, à coup sûr, des embauches ou des refus liés uniquement au genre.

Il faut reconnaître que ces mesures partent d’une nécessité, qui est de promouvoir les femmes dans la vie publique et à de hauts postes mais, en pratique, les effets sont tout autres. La parité ne va pas dans le sens de l’égalité, au contraire elle est profondément inégale en créant une discrimination qui n’existait pas de base. La compétence doit primer sur le sexe.

Basile Schläfli, 17 ans, Neuchâtel

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