Charivari

La mendicité ou l’épine dans le pied

Honte à elle? Notre chroniqueuse respire mieux depuis qu’elle ne se cogne plus aux mendiants à Lausanne. Elle dit pourquoi en toute honnêteté

Depuis jeudi dernier, plus personne ne fait la manche à Lausanne. Il y a toujours, en sortant de la gare, de jeunes mercenaires qui harponnent les passants pressés pour leur vendre un soutien aux causes humanitaires les plus variées, mais, désormais, grimper le Petit-Chêne, passer la place Saint-François, descendre dans la vallée du Flon pour remonter la rue Centrale ne se résume plus à un défilé de mains tendues et de regards implorants. C’est que le Tribunal fédéral a tranché et déclaré que la ville de Lausanne ne pouvait plus échapper au règlement cantonal qui interdit la mendicité.

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Le sujet divise selon les lignes traditionnelles. La droite dit non à la misère organisée, la gauche répond qu’au lieu de lutter contre la mendicité, l’Etat devrait plutôt lutter contre la pauvreté qui la crée. Les deux camps ont raison et le débat doit être mené.

Trajet plombé

Mais, au risque de me faire tuer par les justiciers des réseaux sociaux, je dois avouer que je suis soulagée. En tant que Genevoise travaillant à Lausanne et pendulant en train, j’emprunte régulièrement le trajet évoqué plus haut. Je le fais pour respirer entre deux lieux clos et pour me dégourdir les jambes avant de m’asseoir de nouveau. Or, oui, j’avoue, je vivais très mal le fait de passer devant près d’une dizaine de mendiants sans rien leur donner. Déjà, parce que j’ai été éduquée dans l’idée que l’on doit aider son prochain dans la mesure de ses moyens – l’aumône existe d’ailleurs pour cette raison dans la plupart des religions. Ensuite, parce que j’ai des yeux et un cœur, et me cogner ainsi à des gens démunis, réduits à mendier pour manger, plombait mon trajet.

Qui donne combien à qui?

Je sais, les justiciers vont s’étrangler sur l’air de «cacher la misère que je ne saurais voir», mais lancez le sujet en soirée: demandez à vos convives, amis quelle est leur attitude face aux mendiants, qu’ils soient Roms ou non. Pas besoin d’être facho pour que chacun concède très vite son embarras, voire plus. Qui donne? Combien? Et à qui?

A Lausanne, je faisais comme tous les gens coincés avec ce sujet. J’avais «mon» Rom à qui je parlais volontiers et glissais de temps en temps un billet. Mais ça ne m’empêchait pas de voir les autres et, chaque fois, de culpabiliser de ne pas leur donner ce que j’allais dépenser ensuite pour un café… La pitié est dangereuse, dit-on? Sans doute. Mais, de fait, je respire mieux depuis jeudi dernier.


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