L’industrie 4.0 n’est pas un monstre. La quatrième révolution industrielle, puisque c’est ainsi que l’on nous la présente, est un d’abord un concept qui englobe à peu près tout ce que l’internet des objets permet d’imaginer à une échelle industrielle.

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Cette révolution n’est pas non plus née du jour au lendemain. Elle a juste été identifiée récemment, provoquant, en quelques mois, l’émergence de spécialistes autoproclamés et la multiplication d’études et de conférences sur le sujet.

L’usine digitale, l’impression 3D, le traçage des produits finis, etc. Une multitude de voies peuvent être empruntées. On comprend que certains ne sachent pas quel chemin suivre. Comme le montre notre enquête, l’industrie suisse restreint ses grands projets d’investissements, à l’aube de ce qui est annoncé comme une nouvelle ère.

Aucun Uber de l’industrie

L’arrivée de la production numérisée a un autre effet que le franc fort, la morosité économique européenne ou les relations avec l’Europe. L’incertitude est d’autant plus grande que cette révolution est intangible. A la différence du tourisme avec Airbnb, ou des transports avec Uber, aucun disrupteur sorti de nulle part n’a jusqu’ici fait bouger les lignes, qu’elles soient concurrentielles ou réglementaires.

L’industrie 4.0 ne fait trembler – ou rêver – que depuis que l’on lui a donné ce nom. Mais avant même ce baptême, de nombreuses entreprises ont commencé à numériser une partie de leur processus de production. Des robots donnent déjà des ordres à des machines. En fait, certains industriels ont entamé la révolution sans même s’en rendre compte. Preuve qu’elle n’est une grande barrière que l’on décide, ou non, de franchir du jour au lendemain.

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Gérer sa chaîne d’approvisionnement en ligne, confier la gestion des pannes à la machine elle-même, partagez ses recherches en réseau avec des experts de l’autre bout du monde. La numérisation n’est pas une révolution industrielle. C’est une mutation des modèles. Une révolution des mentalités qui augure deux bonnes nouvelles.

Derrière les Allemands

D’abord, elle redonne espoir à tous ceux qui se désespèrent de la désindustrialisation des économies développées. Comme le disent les horlogers suisses pour les montres connectées: on ne s’est jamais autant intéressé à l’industrie de demain que depuis qu’on lui promet une «uberisation».

L’autre bonne nouvelle, la vraie, c’est que les meneurs de la révolution sont les Allemands. En termes industriels, ils sont nos premiers clients et nos premiers fournisseurs. Qu’elle le veuille ou non, la Suisse de la production va donc être obligée de suivre le rythme.

On peut même considérer que le pays se trouve dans sa position favorite: pas dans un rôle de pionnier, mais un élève précoce et bien appliqué. Comme lors des trois premières révolutions industrielles.

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