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Quelquefois, l’impossible retour...
© Sergey Galushko/123RF

Charivari

La mer a (presque) pris ma mère

En vacances, notre chroniqueuse barbote gaiement. Mais la mer n’est pas une mère pour tous et tout le temps… Emotions fortes

Je suis en vacances balnéaires et je me régale. Pour moi, la mer est nourricière. Douce et protectrice. Bienfaisante et complice. Je nage, sur le ventre, sur le dos. Je plonge, je refais surface, je tape des pieds, je bats des bras et, surtout, je me laisse dériver, longtemps, en regardant le ciel immense. Le plaisir est entier. Quand je ramasse une vague en pleine face ou que je bois la tasse, je me dis qu’il est temps de me réveiller. Je ne me sens pas agressée.

Bien sûr, l’homonymie en français joue un rôle. La mer est une mère, un cocon. Un endroit à soi où le corps est porté, enveloppé. Après la morsure cuisante du soleil, le bercement rafraîchissant de l’eau. Le soleil et la mer, la juste paire.

Le sable se dérobait sous ses pieds…

Mais il arrive que la mer fasse défaut. Comme la montagne, elle peut être traîtresse, tendre des pièges, ôter la vie. Tous les marins le savent et s’en méfient. L’autre jour ma mère, 78 ans, a connu ce moment où l’amie est devenue une ennemie. Le drapeau orange annonçait une eau taquine, imprévisible. Juste quelques brasses, s’est dit l’aînée. L’ennui, c’est que le courant tirait vers le large, emmenait au loin. En quelques brasses, justement, la nageuse était déjà à des lieues du bord et lorsqu’elle a voulu se rapprocher, elle a réalisé, blême, qu’elle reculait malgré ses efforts. Même quand elle touchait le sol, le sable se dérobait sous ses pieds, et il fallait tout recommencer.

L’effroi reste là…

Le cœur affolé, ma mère a fait des signes à une amie restée sur la berge, mais cette amie a cru qu’elle la saluait et lui a répondu avec entrain, loin d’imaginer son destin. Heureusement, un monsieur, âgé lui aussi, se trouvait dans le même bain et, après de longues minutes de lutte et d’appels désordonnés, sa fille a compris l’impossible retour et alerté les secours. Les deux seniors ont été repêchés, réchauffés et oxygénés par les sauveteurs de la plage, mais l’effroi reste là.

L’insouciance du nageur de plaisance

Avec ma mère, on regarde la mer autrement depuis. On la jauge, on la renifle. Là où on voyait du bleu métallisé, on voit du gris plombé. On admirait la perfection d’un rouleau avant? On redoute sa force d’emprisonnement, maintenant. Mais je suis retournée me baigner. Sans hésiter. Car je veux garder l’insouciance du nageur de plaisance. Question de décence. Je ne nage pas par nécessité, moi. Je ne tente pas de traverser la Méditerranée pour échapper à un système qui me broie. Le drame, la tragédie sont clairement ailleurs. Nous, les nageurs de l’été, nous sommes gâtés, choyés. Nous devons juste faire preuve d’un peu de prudence…


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