Les mères sont au bord de la crise de nerfs. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le très populaire Migros Magazine. En couverture de son dernier numéro, ce titre tout sauf anodin: «La mère ne se porte pas bien.» A l’intérieur, un dossier explique que, même s’il s’est déroulé sans accroc, un accouchement sur trois en Suisse est vécu comme un traumatisme par les parturientes et peut générer des angoisses longtemps après.

Ce sujet, que nous avons également traité en mai dernier, révèle une réalité insoupçonnée. La sensation de viol – le terme est utilisé par une des témoins – derrière la normalité. Préoccupation autour de la maternité également, dans Coopération, la semaine dernière. L’hebdomadaire s’est penché sur les 5 à 8% de parents en burn-out et a raconté le cas touchant d’Isaline, mère au foyer en charge de quatre enfants, arrivée dans un tel état d’épuisement qu’elle se sentait, dit-elle, «inutile, transparente, incapable, nulle, bonne à jeter». Rien que ça!

Trop de pression

La raison? Les mères sont souvent si obnubilées par la perfection qu’elles se mettent une immense pression, ploient sous les charges pratique et mentale, et perdent de vue la relation. Les enfants ne sont plus des interlocuteurs joyeux, surprenants et intrépides, mais de pénibles missions.

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Bien sûr, seuls 5 à 8% de parents rencontrent ces symptômes extrêmes de burn-out (irritation, épuisement, sensation de vide intérieur, sommeil perturbé, etc.), mais, en Suisse, la majorité des familles se soumettent à cet ordre des priorités: d’abord le devoir, la souffrance, l’exigence, avant la joie, le plaisir, la reconnaissance. Simplement parce que, dans notre pays plus qu’ailleurs, la qualité trône au sommet des valeurs et qu’on se donne beaucoup de peine pour atteindre cet idéal.

Et la joie, alors?

Sans doute parce que j’ai grandi dans un commerce soumis au stress, j’ai pratiqué avec mes trois enfants une approche totalement inversée. Convaincue qu’on ne peut pas faire plaisir sans se faire plaisir, je ne me suis jamais sacrifiée sur l’autel de l’éducation. A une séance de ménage, j’ai toujours préféré un apéro ou un café. A un ordre de rangement hurlé, j’ai toujours préféré un moment de discussion et de complicité.

Les devoirs? C’était à eux de savoir. Les corvées? Rien ne pressait. L’appartement n’était pas rutilant, on mangeait parfois tard, mais l’écoute a toujours régné au cœur du foyer. Ma méthode en a fait sourire plus d’un et, souvent, on m’a laissé entendre que j’étais «une drôle de maman». Essayer la détente et la joie plutôt que le stress et le poids, est-ce un si mauvais choix?


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