Choix éditorial

Les mères sont-elles des hommes politiques comme les autres?

Le Conseil d’Etat vaudois pourrait bientôt compter cinq femmes sur sept membres. Fait rare: elles sont toutes mamans. La précision, présente dans le titre d’un article du «Temps», a déclenché un vif débat sur les réseaux

Un mot suffit parfois à déclencher un grand débat. Mercredi, Le Temps a consacré un article à la présence féminine au Conseil d’Etat vaudois avec cette interrogation en guise de titre: «Bientôt cinq mères au gouvernement vaudois?» Si la socialiste Rebecca Ruiz est élue le 17 mars ou le 7 avril prochains, les femmes occuperaient alors cinq des sept sièges exécutifs. Et, fait rare, elles sont toutes mamans.

Cela va-t-il modifier la teneur du débat politique? Pour de nombreux lecteurs, la question ne se pose pas. «Pourquoi mentionner qu’une femme est mère?» se demande Marie-Charlotte sur la page Facebook du Temps. «Non mais quelle question idiote! Orientée! Sexiste et j’en passe…» s’agace pour sa part Vanessa. D’autres manient l’ironie pour faire part de leur incompréhension. «Et si on est blonde, ça change aussi la manière de faire de la politique?» écrit Ariane.

L’article «incriminé»: Bientôt cinq mères au gouvernement vaudois?

Avec ce flot de critiques, c’est une vision réductrice et conservatrice des femmes qui est déplorée. Les politiciennes seraient cantonnées aux préoccupations maternelles, tandis que les hommes politiques échapperaient à cette référence familiale lorsqu’ils se portent candidats. «Pas un mot pour les pères?» déplore Stéphane.

Dans un courriel, une fidèle lectrice regrette également ce choix éditorial: «Par ces gros titres réducteurs offrant ce genre de raccourcis préconçus, vous permettez aux critiques – et dans ce cas il ne fait aucun doute qu’ils s’en donneront bientôt à cœur joie, lorsque le travail de ces politiciennes sera jugé insatisfaisant par certains – de remettre en question la capacité de ces femmes à gérer une carrière en parallèle d’une vie de famille.»

Professeure honoraire et ancienne conseillère nationale, Suzette Sandoz a également ajouté son «grain de sable», nom de son blog hébergé par Le Temps. Elle juge le titre «à la fois absurde et révélateur». Selon elle, il est primordial de donner de la place aux pères et de permettre aux femmes d’avoir une carrière professionnelle, tout en prenant en compte la «différence naturelle fondamentale» qu’est la maternité.

La réponse du «Temps»

Face aux nombreuses réactions, la rédaction du Temps a décidé d’expliquer ce choix sur sa page Facebook: «Nous sommes conscients du fait que l’on ne fait pas d’article sur des exécutifs composés majoritairement de pères. Mais c’est bien parce qu’il s’agit alors de situations banales, étant donné la toujours faible représentation des femmes en politique…» Ce déséquilibre est d’ailleurs plus marqué à l’échelle communale. Selon une enquête de 24 heures publiée en novembre, une municipalité sur six ne compte aucune femme.

«Subtile évolution»

Lorsqu’elles sont aux responsabilités, les femmes s’unissent pour faire valoir leurs idées. C’est ce qu’explique la présidente du Conseil d’Etat vaudois, Nuria Gorrite, dans l’article du Temps: «L’avantage de travailler avec des femmes, ce sont toutes ces choses évidentes que l’on n’a plus besoin d’expliquer. Entre mères, d’autant plus, on connaît ces parcours de vie fragmentés, ces différentes strates de nous-mêmes qui nous composent, toutes ces choses qui intuitivement nous lient, au-delà de nos partis politiques. C’est très agréable.»

Un aspect relevé par plusieurs internautes. «Subtile évolution dans les thèmes (et la coordination) d’un gouvernement lorsque plus de mères sont ministres – excellent article», tweete @GregBollmann. Avec une limite: les femmes sont-elles seulement compétentes dans des secteurs comme celui de l’enfance ou de l’école? Qu’en est-il de la sécurité, de l’économie ou de la fiscalité?

Des rédactions «de plus en plus sensibilisées»

La question de la représentation des femmes politiques dans les médias n’est pas nouvelle. En 2016, une étude mandatée par le Conseil fédéral se penchait sur la question dans le cadre des élections législatives de 2015. Les candidates avaient une faible visibilité dans la presse, mais elles étaient peu victimes de stéréotypes de genre. Un motif de satisfaction: «Les rédactions sont de plus en plus sensibilisées à une représentation de la sphère politique davantage égalitaire et axée sur le fond.»


Retrouvez notre cycle d'articles consacré à l'égalité entre les femmes et le hommes

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